Arts

Jean-Paul Felley: «Je veux atteindre le même niveau de qualité que la HEAD ou l’ECAL»

Le directeur de l’Ecole de design et Haute Ecole d’art du Valais a de grandes ambitions pour son établissement, à l’heure où celui-ci s’offre une seconde jeunesse pour ses 70 ans

L’enseignement artistique en Valais vit une véritable mue. Fini l’ECAV (Ecole cantonale d’art du Valais), place désormais à l’Edhéa, l’Ecole de design et Haute Ecole d’art du Valais. Pour marquer le changement, l’établissement s’offre une nouvelle identité visuelle. Le tout au moment où il rejoint la famille de la HES-SO Valais-Wallis et où le Conseil d’Etat valaisan vient d’annoncer la construction d’un nouveau bâtiment pour l’accueillir à l’horizon 2023. Interview de son directeur, Jean-Paul Felley.

Le Temps: Un nouveau nom, une nouvelle ligne graphique, l’intégration au sein de la HES-SO Valais-Wallis et la promesse d’un nouveau bâtiment dans les années à venir. Il s’agit d’une véritable renaissance pour l’école, qui célèbre ses 70 ans d’existence.

Jean-Paul Felley: C’est une grande évolution de l’école, qui est implantée à Sierre depuis 1997 et qui a pris le nom d’Ecole cantonale d’art du Valais (ECAV) cette année-là. Ce nom ne mettait que l’art en lumière, alors que l’établissement est une des plus grandes écoles de graphisme de Suisse romande et que deux tiers de ses élèves suivent cette filière. Il fallait donc un nom qui mette en avant les deux pôles de l’école, d’où Edhéa. Le nouveau graphisme de l’école, symbolisé par le double point, fait également la part belle à la dualité de l’institution.

Vous êtes à la tête de cette école depuis juin 2018, quelle est la touche que vous souhaitez lui donner?

Je veux apporter du dynamisme et de l’énergie. J’ai la chance d’avoir une équipe qui me suit à plein régime dans cette vision, avec une volonté commune: faire que dans un avenir proche, d’ici cinq à dix ans, cet établissement soit reconnu au même niveau que les deux autres grosses écoles de Suisse romande, à savoir la Haute Ecole d’art et de design de Genève (HEAD) et l’Ecole cantonale d’art de Lausanne (ECAL).

Vous évoquez la HEAD et l’ECAL; aujourd’hui, votre établissement est le troisième choix des élèves en Suisse romande?

Je dirais que c’est plutôt un deuxième choix. L’ECAL est très forte dans le domaine du design, celui des objets et des nouvelles technologies. Un des atouts majeurs de la HEAD, c’est la mode. L’Edhéa doit trouver sa place dans ce monde. Comme les autres établissements, nous avons les deux domaines de base que sont l’art et le design. Mais quel sera le point fort que je peux développer? J’ai décidé que ce serait le son. Je veux que l’on développe le plus fortement possible ce pôle, car aujourd’hui le son est partout dans le monde de l’art, dans les installations ou encore dans les vidéos.

Votre volonté n’est donc pas d’être en opposition à la HEAD ou l’ECAL, mais de vous positionner comme un établissement complémentaire de ces deux écoles?

C’est tout à fait cela. Nous sommes des partenaires, nous travaillons main dans la main. Il est évident que je ne vais pas faire les mêmes choses que les autres, cela n’a pas de sens dans une région aussi petite que la Suisse romande. Nous sommes dans l’obligation, quelque part, d’être complémentaires. Il n’en demeure pas moins que mon objectif est d’amener l’Edhéa au même niveau de qualité que la HEAD et l’ECAL en moins de dix ans.

Quels sont les atouts du Valais pour atteindre cet objectif?

La particularité de ce canton, c’est sa tranquillité. Cela pourrait être perçu négativement, mais elle permet aux artistes, mais aussi aux élèves, de s’isoler et de se plonger pleinement et uniquement dans le travail.

Depuis votre arrivée en juin, on a pu remarquer que vous n’avez pas peur de donner des coups de pied dans la fourmilière pour faire bouger les choses. Pour ne prendre qu’un exemple, l’école attendait de nouveaux locaux depuis plus de quinze ans...

J’ai appris à le faire très rapidement dans mon parcours de vie. Je l’ai fait avec Olivier Kaeser en créant, en 1994, l’espace d’art contemporain Attitudes à Genève. Nous avons, à nouveau, fait bouger les choses tous les deux en reprenant la direction du Centre culturel suisse de Paris en 2008. Si je suis venu à l’Edhéa, c’est que je sens que c’est le bon moment pour mettre ce grand coup de pied dans la fourmilière, pour faire évoluer l’école. Et je crois que, depuis mon arrivée, les autorités politiques ont pu s’en rendre compte.

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