Il y avait le Régent (Philippe Noiret), gourmand, jouisseur et cynique. L’abbé Dubois (Jean Rochefort), rusé, ambitieux, hypocrite. Face à eux se dressait le marquis de Pontcallec combattant pour l’indépendance de la Bretagne, gueulant, gesticulant et distribuant généreusement les coups de bâton aux maroufles. Dans Que la fête commence (1975), la force primitive s’incarne en Jean-Pierre Marielle. Le film de Bertrand Tavernier marque l’entrée fracassante du comédien dans le cercle pittoresque des gueules du cinéma français, auprès de Jean Carmet et de son ami Jean Rochefort.

Notre revue de presse de ce 25 avril: Jean-Pierre Marielle, l’acteur qui a toujours fait le mariole

Fils d’industriel, Jean-Pierre Marielle suit les cours du Conservatoire dans la même volée que Jean-Paul Belmondo, Bruno Cremer ou Claude Rich. Les débuts sont modestes: cabaret, répertoire théâtral léger, figuration et seconds rôles dans des films qui ne sont pas toujours des chefs-d’œuvre – La brune que voilà de Robert Lamoureux, Faites sauter la banque de Jean Girault… On le voit dans Week-end à Zuydcoote d’Henri Verneuil, Tendre voyou de Jean Becker, Le diable par la queue de Philippe de Broca, Le pistonné de Claude Berri ou Comment réussir quand on est con et pleurnichard de Michel Audiard, dont on n’arrive toujours pas à situer la place sur l’échelle qui va du je-m’en-foutisme assumé au surréalisme 24 carats.

Truculence gauloise

Outre Que la fête commence, un autre film consacre Marielle au mitan des années 1970, Les galettes de Pont-Aven, de Joël Séria. Il y incarne un représentant en parapluies dans la pluvieuse Bretagne doublé d’un incorrigible homme à femmes. Proférées d’une voix de stentor, des répliques galantes telles «Tu sens la pisse, toi, pas l’eau bénite» ou «Je bande! Ah nom de Dieu de bordel de merde» deviennent cultes et témoignent d’une truculence gauloise que le cinéma français a, depuis, délaissée.

Marielle tourne avec Bertrand Blier (Calmos, Tenue de soirée…), Bertrand Tavernier (Coup de torchon), Patrice Leconte (Le parfum d’Yvonne, Les grands ducs où il retrouve Noiret et Rochefort…), Claude Miller (Le sourire), Claude Berri (Uranus), Yves Boisset (Dupont Lajoie), Jean-Pierre Jeunet (Micmacs à tire-larigot). Il incarne le directeur du Louvre dans Da Vinci Code. Un de ses plus beaux rôles est celui de M. de Sainte-Colombe, l’austère maître gambiste de Tous les matins du monde. Très actif à la télévision (un Capitaine Marleau en 2016), il a été Bouvard, dans Bouvard et Pécuchet auprès de son ami Carmet, et Bartolomé de las Casas, un des prêtres chargés de déterminer si les Amérindiens ont une âme, dans La controverse de Valladolid.

Formidable en beauf vociférant, le comédien moustachu s’est transformé avec le temps en noble vieillard, solide comme le roc et toujours vert, tel l’octogénaire qui apprend les claquettes dans Faut que ça danse!, de Noémie Lvovsky. Trop entier, trop massif, il n’a toutefois pas réussi à se transformer en trésor national comme ce fin renard de Rochefort. Ses dernières années ont été assombries par la maladie d’Alzheimer. Jean-Pierre Marielle est décédé à 87 ans «des suites d’une longue maladie».