L’annonce du départ de Henk Swinnen, directeur général de l’OSR, a fait l’effet d’un électrochoc il y a un mois. Le 1er février, le directeur et la fondation de l’OSR «se séparaient».

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Depuis une dizaine de jours, une nouvelle personnalité s’active dans les bureaux de l’OSR: Jean-Pierre Rousseau, administrateur général ad interim pour une durée indéterminée. L’actuel directeur du Festival de Radio France et Montpellier a accepté de prêter main forte à l’OSR. «Quand j’ai vu que l’orchestre traversait des turbulences, comme j’ai un peu de temps à côté de l’organisation du festival, j’ai fait part de ma disponibilité pour assumer une mission temporaire. Je suis là clairement pour donner un coup de main, et non pas dans une perspective de carrière.»

«Un vrai patron d’orchestre»

Cette décision réjouit Florence Notter, présidente du Conseil de Fondation de l’OSR. «C’est une grande personnalité du monde de la musique. Il connaît en plus bien l’OSR avec lequel il a travaillé.» Jean-Pierre Rousseau a effectivement entamé sa carrière à Genève, où il fut engagé comme producteur responsable de la musique symphonique de la Radio Suisse Romande, à la fin des années 1980 et au début des années 1990. «J’ai eu la chance de travailler sept ans avec Armin Jordan [ancien directeur musical de l’OSR].» Puis, il a occupé divers postes à l’étranger, d’abord comme directeur de France Musique (1993-1999) puis directeur général de l’Orchestre philharmonique royal de Liège (1999-2014). Ce n’est pas la première fois qu’il est confronté à un orchestre en situation de crise, dans des contextes parfois houleux. Il n’aura fait qu’un an comme directeur de la musique à Radio France (entre juin 2014 et mai 2015), où son projet de réforme visant à rapprocher les directions artistiques des deux orchestres de la radio, le «National» et le «Philharmonique», a été vivement contré les syndicats et musiciens. Ce projet n’a pas abouti.

Quel avenir avec Jonathan Nott?

A l'OSR, la mission de Jean-Pierre Rousseau sera d'une autre nature. Elle consiste à traiter les affaires courantes, comme le bouclage de la saison 2016-17 qu'il présentera lui-même lors de la conférence de presse puis l’élaboration de la suivante. Il suivra l’orchestre lors de la prochaine tournée en Chine et en Inde. Mais il se déclare prêt à être approché «en qualité d’expert» concernant les dossiers sensibles de l’OSR. Car à ce jour, le contrat du futur directeur musical Jonathan Nott n’a toujours pas été signé. La crainte – qui n’est pas ouvertement formulée à l’OSR – serait que le chef anglais se rétracte après le départ de Henk Swinnen avec lequel les termes du contrat avaient été négociés dans un premier temps.

Or, il semble qu’une clause – voire plusieurs clauses du contrat – n’ait pas été clairement notifiée au Bureau et au Conseil de Fondation qui chapeautent toute décision. «Il existe un document signé par Messieurs Nott et Swinnen le 20 octobre 2015, qui prévoit notamment l’engagement d’un chef assistant, contrairement au mandat défini par la Fondation, explique le communiqué de l’OSR. Ni le Conseil de Fondation de l’OSR, ni le Bureau du Conseil, ni la Présidente, Mme Notter, n’ont été informés de la signature de ce document, que Monsieur Swinnen a tout fait pour garder secret, notamment en déjouant les rencontres planifiées entre la Présidente [Florence Notter] et Monsieur Nott.» Le contrat est actuellement en cours de (re)négociation avec Jonathan Nott et son agent artistique. «Des deux côtés, il y a la volonté de bien travailler ensemble, explique Florence Notter. Il faut donner le temps au temps et négocier un contrat qui satisfasse les deux parties.»

Nouer une relation de confiance

Quoi qu’il en soit, et au-delà de la polémique, l’important sera de sécuriser l’avenir de l’OSR. «Je suis ni pour ni contre Jonathan Nott», dit pour sa part Jean-Pierre Rousseau. «Je ne me saisis d’aucun dossier qui ne me soit confié. Simplement, quand on demande mon avis, je le donne, parce que j’ai connu des négociations compliquées et je sais qu’on peut en sortir.» Et de préciser: «C’est vrai que négocier des contrats, ce sont des matières complexes, techniques. Cet orchestre mérite d’avoir quelqu’un qui s’occupe de lui de manière durable, qui s’investisse. Il faut que l’OSR soit fort dans la négociation» – tout en tenant compte des volontés du futur directeur musical.

L’OSR a par ailleurs lancé un appel à candidature pour un futur administrateur général (et non plus «directeur général»). «Nous avons mis des annonces dans tous les journaux professionnels, dit Florence Notter. Nous avons pris contact avec des grandes personnalités du monde de la musique européenne en leur demandant si elles connaissaient des personnes susceptibles d’être intéressées par le poste d’administrateur général. Nous avons déjà eu des réponses intéressantes.»