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L’acteur genevois Jean-Quentin Châtelain marque dans «Une saison en enfer», au festival off d’Avignon.
© Simone Perolari

Spectacle

Jean-Quentin Châtelain, infernal au nom de Rimbaud

L’acteur suisse sidère dans «Une saison en enfer», traversée satanique jouée à l’abri d’une chapelle, au festival off d’Avignon

On a retrouvé Jean-Quentin Châtelain. Dans une chapelle, l’acteur suisse s’engouffre tout entier, lui, ses esprits et sa carcasse dans Une saison en enfer. Il vit la transe d’Arthur, le coureur d’aventures, de Rimbaud l’équilibriste, de l’amant miraculé de Verlaine. A 11h, quand le soleil tanne les âmes, au Théâtre des Halles, dans la foire du festival off d’Avignon, le comédien épouse l’ombre du poète. Il la déflore en un cortège d’éclats, des origines gauloises à la tentation de l’Orient, de la quête de Dieu à sa répudiation, de l’espoir d’une âme fraternelle au deuil des révolutions.

En 2016: Jean-Quentin Châtelain, barbare magnifique dans «C’est la vie»

Revoici le moine-soldat

Le moine-soldat est de retour. C’est ainsi que Jean-Quentin Châtelain se voit. C’est ainsi qu’il a si souvent bataillé, magnétique dans Premier amour de Samuel Beckett naguère; spectral et beau dans Ode maritime de Pessoa réglé au souffle près par ce maniaque de Claude Régy à Vidy et dans le in d’Avignon en 2009; entêté dans Bourlinguer de Blaise Cendrars au Poche de Genève.

A ce sujet: Bourlingueur au nom de Cendrars

Sous la voûte de la sacristie, il ne se souvient pas de ces vies-là. Il s’enracine dans la terre cendrée, au milieu du cratère voulu par le metteur en scène Ulysse Di Gregorio. Et il fait remonter la liqueur du texte, robe d’anachorète, orteils nus plantés dans le sol pendant toute la traversée. Seul tangue le corps cambré à l’extrême parfois, seul s’élève le visage tourné vers le ciel, comme s’il y puisait la lumière du verbe, la mémoire d’un poème qui est en soi un autoportrait sans contours ni garde-fou.

Quand la jeunesse était un festin

Dans son antre, Jean-Quentin rumine une jeunesse qui était un festin, une beauté amère qu’il a assise sur ses genoux. Si on est captif au premier vers, c’est que sa sorcellerie est celle d’un homme passé par les gouffres. L’acteur imprime son étrangeté irréductible, cette voix qui est un soc fouaillant la matière, cet accent qui est un chant de vallée perdue, ce visage qui est tour à tour au supplice et en état de grâce.

Jean-Quentin Châtelain s’enfonce dans cette Saison en enfer, rimbaldien parce que sans âge, gavroche ici, vieux mage là. Dans cette marche en colimaçon, il croise l’éternité, «le soleil et la mer mêlés.» Il se mue alors en «opéra fabuleux.» L’acteur est ainsi, féroce jusqu’à mordre et souverain dans la tranchée du songe. Ce Rimbaud se boit jusqu’à la lie. Son paradis de tristesse vous emporte.


Une saison en enfer, Festival off d’Avignon, Théâtre des Halles, jusqu’au 29 juillet.

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