LE LEGS

Le 30 juin 2008, la pièce Balloon Flower (Magenta) de Jeff Koons est vendue 16 343 000 euros par Christie’s à Londres. Ce record – dépassé par la suite – fait de Koons l’un des artistes vivants les plus chers et importants du monde. Cette enchère représente aussi la mutation du marché de l’art, qui ne se trouve plus aujour­d’hui entre les mains de connaisseurs et galeristes, mais entre celles de puissantes maisons de vente.

Le travail de Koons érige le quotidien au rang d’œuvre d’art en s’appropriant certains concepts de Duchamp et du pop art. Son corpus se compose de photographies, sculptures ou peintures, parmi lesquelles Three Ball 50/50 Tank (1985, des ballons en apesanteur), Michael Jackson and Bubbles (1988, le King of Pop et son chimpanzé) ou encore ses Balloon Dog (1994-2000, imitations en inox d’animaux faits par les clowns avec des ballons). Vénéré par ses collectionneurs – parmi lesquels François Pinault, Bernard Arnault et un certain Bernard Madoff –, il est vertement critiqué par ses détracteurs, qui considèrent ses pièces comme futiles et à destination de milliardaires incultes.

LA FORMATION

Jeffrey Koons naît en 1955 à York, en Pennsylvanie. C’est son père – décorateur d’intérieur – qui lui fait découvrir l’art. A 5 ans, le petit Jeff est photographié avec une boîte de pastels dans les mains, un sourire angélique sur les lèvres. Un cliché qu’il utilisera en 1981 pour la pièce The New Jeff Koons . En 1963, son paternel met en vente ses premiers tableaux, des copies de toiles de maîtres signées «Jeffrey Koons». A 18 ans, le jeune homme intègre le Maryland Institute College of Art à Baltimore. Il adore Dali, s’intéresse à la peinture byzantine et se plonge dans l’art populaire américain. Il fera un échange à la School of the Art Institute de Chicago et se liera d’amitié avec le peintre Ed Pachke. Pour subvenir à ses besoins, il travaillera au Musée d’art contemporain de la ville, dans la section dédiée aux installations.

LES DÉBUTS

En 1976, Jeff Koons s’installe à New York et engrange pendant six ans des billets verts en tant que trader à Wall Street. Un job qui va déterminer l’ensemble de sa carrière, en lui permettant de financer ses œuvres, de se constituer un portefeuille de futurs acheteurs et en définissant les contours de son projet artistique global. En effet, Jeff Koons usera des mécanismes de la spéculation financière pour faire grimper la cote de ses pièces. En parallèle, il se lance dans l’art sur le mode de la Factory de Warhol, en avançant des idées et en mandatant des spécialistes pour les concrétiser. En 1991, il choque l’opinion publique et se fait connaître mondialement avec la série Made in Heaven , dans laquelle il se met en scène nu et en plein ébat avec son épouse, la Cicciolina, célèbre pour ses rôles dans des films X. Par la suite et toujours selon une filiation pop, l’artiste déclinera sa marque «Jeff Koons» en skateboards, tee-shirts ou montres, restant fidèle à son credo, «l’art est le vecteur privilégié du merchandising».

Tout l’été, «Le Temps» remonte les chemins tortueux qui ont aidé certains des plus grands artistes à trouver leur voie.