« L’invitation à l’exposition ne laisse aucune équivoque: «Plusieurs œuvres de l’artiste Jeff Koons présentent un caractère érotique fortement marqué susceptible de heurter la sensibilité de certains visiteurs. Les personnes émotives sont invitées à s’abstenir. L’accès à l’exposition est interdit aux moins de 18 ans.» […] Une fois entré dans ce nouveau et vaste endroit [la galerie Lehmann, à Lausanne], on se retrouve confronté à quelques sculptures de chienchiens à poil long, trônant au milieu de petites œuvres en verre coloré façon Murano, à poil tout court. Intitulées Kama Sutra, elles sont l’illustration de diverses façons d’accomplir l’acte sexuel, exemples tirés, si l’on ose dire, de la pratique conjugale de Koons et de celle qui est encore son épouse pour quelques mois (leur divorce est annoncé), Ilona Staller, la Cicciolina.

Au mur, des peintures qui sont des variations sur le même thème. La Cicciolina, jambes écartées dans un décor champêtre, Jeff Koons, le museau perdu dans l’entrejambe de sa moitié. Il s’explique: «C’est une référence à Manet: le déjeuner sur l’herbe.» […]

On se dit que Koons a dû bien rigoler durant le processus créatif. Et finalement, on s’ennuie. Le tout n’étant pas tellement de montrer sa zigounette, mais de la rendre intéressante, le soufflé de Jeff Koons retombe vite, comme une érection fatiguée. Ce narcissique petit malin des relations publiques est évidemment revendiqué comme un continuateur de Warhol. Mais si sa naïveté cynique sauvait le blond emperruqué du désastre, Koons, en retard de vingt-cinq ans, n’a plus cette excuse. […]

Koons ne voit aucune différence entre vie privée et vie publique. «Je viens d’annoncer mon divorce, la nouvelle a fait le tour de la planète.» Il éclaire aussi les «différences culturelles» qui l’ont amené à cette décision. «Sur le plan professionnel, j’ai toujours considéré Ilona comme le modèle, le symbole de l’Amour. Ou comme la partie féminine de ma personnalité. Mais dans la vie, il faut conserver un certain équilibre dans une union et ce n’est pas toujours facile. Ilona et moi avons un passé très différent, ce qui amène à des divergences culturelles, sociales, politiques.» Mais pas forcément médiatiques. Rendu célèbre par son mariage, plaisantin et mariole, artiste pour nantis imbibés de dadaïsme chic, Koons entend bien sûr jouer avec la limite entre l’art et le moment où il ne mérite plus ce nom. Ce faisant, il espère échapper à toute critique: si on ne rigole pas, si l’on ne marche pas dans son marketing, on passera forcément pour un coincé vieuconisant. On aurait pourtant tellement souhaité être choqué par Jeff Koons, trouver un peu d’érotisme ou de passion dans ce travail. On a juste trouvé son obscène mièvrerie ennuyeuse. »