Les musiciens n'ont pas attendu la vague verte incarnée par Greta Thunberg et les marches pour le climat pour chanter une planète menacée. Chaque semaine de l'été, «Le Temps» vous propose de (re)découvrir une chanson engagée.

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Musicalement, les années 1970 furent probablement les plus passionnantes du XXe siècle. Grandiloquence du glam rock britannique, expérimentations krautrock en Allemagne, avènement des musiques électroniques tant en Europe qu’aux Etats-Unis, naissance du mouvement hip-hop dans les ghettos new-yorkais, décès d’Elvis le King of Rock et débuts du King of Pop Michael. Sans oublier l’éphémère mais tonitruante vague punk qui remettra les compteurs à zéro, engendrera la new wave comme le grunge en montrant que l’urgence bruitiste et la fougue juvénile n’avaient rien à envier à la virtuosité musicale et à la richesse harmonique.

Les Ramones à New York, les Sex Pistols à Londres. Ces deux groupes symbolisent à eux seuls ce mouvement connu pour son nihilisme et son fameux slogan: «no future». Formés autour du chanteur Jello Biafra à San Francisco, paradis du rock psychédélique sous LSD, les Dead Kennedys imposèrent dès la fin de ces folles seventies un son plus rugueux et sauvage, posant les bases du hardcore punk. Et d’une musique politisée, tout comme les Clash deviendront en Grande-Bretagne les porte-voix de la lutte contre le libéralisme.

Joignant les actes aux paroles, Biafra s’est présenté en 1979 à la mairie de San Francisco. Très vite mû par une conscience écologique, il rejoindra ensuite le Green Party of the United States, se lançant même en 2000 dans la course à la présidence américaine. Son engagement pour la planète était prégnant, en 1982 déjà, sur Moon Over Marin, dernier titre du deuxième album des Kennedys, Plastic Surgery Disasters. En quatre minutes et demie, tout en guitares criardes, voix tremblante et poing en l’air, même s’il s’agit là d’un des morceaux les plus mélodiques du groupe, Biafra évoque un désastre environnemental causé par un navire pétrolier échoué. Ou quand «no future» n’est pas un mantra, mais un avertissement.