Pour Jérémie Kisling, Expo.02 aura été profitable. Et le début du mois de juin 2002, une période bénie pour le chanteur vaudois qui se revendiquait démodé. Alors qu'il venait tout juste d'autoproduire son premier album sous l'évocateur alias de Monsieur Obsolète, sa première entrée en scène allait déboucher sur une rencontre déterminante. De celles qui peuvent faire basculer un destin, alors que Kisling brocarde en chantant à l'Exposition nationale. François Pinard, patron du label français Note A Bene – écrin des chansons facétieuses de Tom Novembre –, flâne par hasard sur l'arteplage d'Yverdon. Les sonorités rétros et les histoires douces-amères de Jérémie Kisling lui plaisent. L'homme repart à Paris avec un disque, le fait écouter à son entourage et reprend contact pour signer l'auteur et compositeur alors âgé de 26 ans, certain d'avoir déniché la perle rare de la chanson romande.

«C'est grâce à lui que nous avons décroché en mai dernier le contrat de licence avec la maison de disques Naïve pour la distribution en France de cinq albums.» Et c'est donc encore par l'entremise d'une prestation scénique, au Lavoir Moderne de Paris le 27 janvier 2003, que la trajectoire de Jérémie Kisling prend une nouvelle dimension francophone. Si l'interprète d'«Ordinaire» a la mémoire des dates, c'est qu'il dit avoir «appris la patience» durant cette année d'apprentissage du métier: «Tout prend du temps dans ce milieu.» La sortie d'album dans l'Hexagone est prévue à la mi-octobre. Deux semaines de concerts devraient être confirmées dans la Ville Lumière au début de l'automne, un single sera proposé aux radios. Pourtant, celui qui a troqué son patronyme d'Obsolète contre celui de Kisling n'a «pas encore la tête en France».

Même s'il travaille intensément avec ses musiciens dans l'optique de pouvoir vivre de sa musique, en particulier avec le clavier et arrangeur Raphaël Noir qui partage la même envie, il continue pour l'heure de travailler à temps partiel pour le bureau d'architecte de son père. Pourtant, celui qui a «plus confiance en sa bonne étoile qu'en [ses] qualités» envisage son parcours musical avec sérénité: «Avant, c'était plus un rêve. Une sorte de bulle. Maintenant, elle semble percée et se muer en une réalité de plus en plus évidente.» Ainsi, réaliser un coup semblable à celui qu'a réalisé Vincent Delerm en écoulant plus de 150 000 albums ne lui semble plus inimaginable. Et il se sent d'ailleurs prêt à galérer d'abord quelques années avant d'y parvenir. Venu sur le tard à l'écriture en français, le chanteur animé par des réminiscences d'enfance et d'innocence, mesure après un an le long chemin parcouru. Gentiment mais sûrement, ses morceaux ont pris de l'épaisseur à l'épreuve d'une poignée de scènes. Armé d'une solide conviction, d'une croyance en son destin, Jérémie Kisling aborde aussi avec l'été revenu une autre étape: la composition de mélodies neuves, légères comme les trompettes

qui soufflent dans ses compositions et mélancoliques comme la bossa qui apporte sa nuance de tristesse.

Jérémie Kisling. Jeudi 24 juillet, 17h. Club Tent.