Musique

Jerry Léonide, 30 ans: «Dis, comment on construit un solo?»

Le jeune musicien d’origine mauricienne a beaucoup appris au contact des invités de la Montreux Jazz Academy, d’Erik Truffaz en particulier

Jerry Léonide, le géant tranquille

Il est sans doute le musicien dans cette académie dont la carrière est la plus avancée. Jerry Léonide, 30 ans, le front plissé, les yeux ronds, des silences entre deux phrases, a sorti récemment son premier album pour l’important label allemand ACT; The Key, la conquête méticuleuse et ardente de nouveaux territoires en jazz. Jerry vient de l’île Maurice, il vit à Paris, il est capable de tout jouer sur des pianos longs ou des pianos courts. Mais il est surtout un être qui se questionne. Un après-midi, il demande à Erik ­Truffaz de s’asseoir dans un studio de la villa, à Villeneuve. «– Je ne sais pas, je voulais te demander comment bâtir un solo, comment on sait quand on est arrivé au bout de ce qu’on voulait dire. – Il ne faut pas se battre. Dans une conversation, on sait quand on est arrivé à formuler notre message. En musique, c’est plus compliqué. Essayons.»

Ils se rangent autour de quelques accords lunaires. La douceur fissurée d’une ballade qui se construit. Il y a dans cette transmission, entre un mentor et un musicien accompli qui continue de se chercher, une vérité du jazz.

Jerry Léonide a posé mille questions, s’est posé mille questions. Il était là, à toutes les jams, au Funky Claude Bar du palace montreusien, à chercher ce qui se passe quand le vertige vous prend. La poétique contrôlée d’un art qui est essentiellement mathématique. Au concert de clôture, Charles Lloyd l’a choisi pour «Sweet Georgia Bright». Jerry portait son veston. Il articulait chaque note. Ce n’était plus le maître, ni l’élève. C’était une nuit jazz, où tout est affaire d’écoute.

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