Sa soudaine gloire ne semble pas être montée à la tête de Master KG, l’auteur de Jerusalema, même si, sur sa page Facebook, il pose devant une Ferrari rouge. Porté par le «dance challenge» sur TikTok, son morceau de «beat spirituel» a caracolé, d’août à septembre, au top des classements des radios dans une dizaine de pays africains et européens, dont la Suisse. En octobre, le single, qui a dépassé les 200 millions de vues sur YouTube, est devenu la chanson la plus shazamée du monde. «J’essaie de rester un gars simple», dit le DJ de 24 ans, issu d’un village du nord de l’Afrique du Sud. Habillé d’un jogging noir et doré, avec son inséparable bandeau sur le front, il reconnaît avoir bénéficié de sérieux coups de pouce.

A commencer par la voix puissante de Nomcebo Zikode. Cette chanteuse, qui était sur le point d’arrêter une carrière difficile de choriste, raconte qu’elle a écrit la chanson en une soirée. «On l’a coécrite, corrige Master KG. Je voulais un chant spirituel, en accord avec le beat. J’ai pensé à Nomcebo. Nous nous sommes assis et la chanson est venue comme cela: «Jerusalema est ma maison, guide-moi, prends-moi avec toi, ne me laisse pas ici.» On fait les concerts ensemble, comme à Kinshasa, le 13 octobre, où nous avons été reçus par le président Félix Tshisekedi et plusieurs ministres comme des stars», raconte-t-il en riant, comme s’il avait de la peine à s’habituer à sa notoriété mondiale.

Danse et assiettes

Jerusalema est sorti fin novembre 2019 en Afrique du Sud. Le «single» et l’album ont tout de suite conquis les radios locales. «Son premier album, Skeleton Move, sorti un an avant, avait déjà été numéro 1, raconte Yoël Kenan, son distributeur en Afrique du Sud. Master KG était déjà connu au Nigeria et au Ghana. Avec Jerusalema, on a aussi conquis des pays africains francophones et lusophones.»

En février, un groupe de danseurs angolais lance le hashtag #JerusalemaDanceChallenge accompagné d’une vidéo où on les voit danser en tenant des assiettes et en mangeant. Les pas de leur chorégraphie sont inspirés d’une danse sud-africaine. Le «challenge» est d’abord repris au Portugal, où Master KG avait joué en février, puis dans toute l’Europe, ou presque. «Je vais aller en Angola pour les remercier, avec quelque chose de spécial, et les inviter ici pour faire une vidéo», confie le musicien.

Le «Despacito» africain

«Pendant le confinement, les compétitions de danse sur TikTok ont fait fureur chez les ados», raconte Thomas Monnier, un journaliste français. La pandémie a fait le succès du titre. «Jerusalema est un chant de réconfort, explique Master KG. C’est devenu le tube du covid!» Des vidéos ont été postées aux quatre coins du monde par des groupes de tous âges, écoliers, employés, infirmières, prêtres du Vatican, soldats, sans oublier des stars, comme Cristiano Ronaldo et Janet Jackson. Lerato Mbali, une policière de Soweto, a appris les pas avec des collègues: «C’est très sud-africain de rassembler ensemble croyants et fêtards! On vit en chantant.»

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Selon la société Meltwater, qui analyse les médias sociaux, le remix avec la star nigériane Burna Boy et la sortie en mai, sur Netflix, du film sud-africain de 2008 Gangster Paradise: Jerusalema ont aussi contribué à propulser la chanson.

En juillet, les plateformes de streaming musical et les radios ont embrayé. Jerusalema a cartonné tout l’été en Europe. «C’est exceptionnel pour une chanson africaine, produite sur le continent», se réjouit le chanteur congolais Trésor. Le distributeur, Kenan, n’a jamais vu une telle trajectoire: «Jerusalema a été portée par les consommateurs. D’habitude, ce sont les journalistes, les curateurs des plateformes et les animateurs radio qui décident du succès d’un titre. Et la chanson continue sa trajectoire. Même la BBC, qui préfère les chansons en anglais, a embrayé en octobre. C’est le Despacito africain, bien qu’on soit encore loin des 6 milliards de vues du tube latino. Nous avons déjà atteint 1 milliard. On travaille maintenant sur les Etats-Unis.» En attendant, des concerts sont déjà programmés en Europe l’an prochain. Si le covid le permet…

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