Robert Laffont

«J’étais fait pour ce métier et pour lui seul»

Le Marseillais mince et élégant est considéré comme le grand-père de l’édition française. Dans son livre de mémoires, il racontait son amour de la vie

«J’étais fait pour lui et pour lui seul», disait de son métier le grand éditeur dans son livre de mémoires paru en 2005, Une si longue quête. Son livre est un plaidoyer pour sa profession: «S’il existe un métier épié, mal compris et tyrannique, c’est bien celui que j’ai choisi. Mais je l’ai aimé, il m’a aidé à atteindre une certaine sérénité, peut-être une sagesse».

Le livre fourmille d’anecdotes. Après la guerre, il ose publier des livres de Henry de Montherlant, alors au plus bas en raison de sa position collaborationniste. En échange, l’écrivain lui promet son prochain texte, Port-Royal. Mais, une fois sa situation améliorée, il ne le lui donne pas. Lors d’un déjeuner, écrit l’éditeur, «emporté par l’indignation, je me suis levé de table en lui disant ce que je pensais […]. Une fraction de seconde, j’ai pensé avoir touché en lui une corde sensible […] lorsque j’ai compris soudain: il se voyait dans l’obligation de régler l’addition».

Autre désillusion, quand François Mitterrand lui lance: «Alors, Laffont! Ces éditeurs, ça se goberge toujours sur le dos des auteurs?» Il raconte aussi qu’il a «failli empêcher la mort» d’Albert Camus et de Michel Gallimard en conseillant à au premier de prendre le train plutôt que la voiture pour aller sur la Côte d’Azur. Il venait de voyager avec Michel Gallimard qui conduisait comme un fou.

Ce Marseillais mince et élégant a publié 10’000 titres. Il est considéré comme le grand-père de l’édition française. Il avait su garder une étonnante jeunesse qui s’explique, disait-il, parce qu’il aime les gens et a toujours cherché à «partager les moments de joie». «Je suis le plus heureux des hommes», souligne-t-il dans son livre malgré d’inévitables difficultés privées et professionnelles, deux lourdes opérations du cœur et le décès d’un de ses fils. Il noue aussi des liens profonds avec des grands écrivains comme Graham Greene, Dino Buzatti, Gilbert Cesbron, John Le Carré ou Henri Charrière, auteur de Papillon, un des plus grands succès de l’éditeur.

Le site internet des éditions qu’il a créées ne mentionne pas son décès. Comme tout grand homme, il disparaît mais son œuvre existe encore.

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