Oubliez La Chute (Der Untergang) et sa douteuse importance. L'avenir du cinéma allemand s'appelle plutôt The Edukators, alias (Die fetten Jahre sind vorbei), film autrement sympathique et original. Un film de jeunes, avec des jeunes, mais aussi l'indispensable maturité qui assure son intérêt. Un film surtout qui pose cette question culottée: qu'est devenu le désir de révolte propre à la jeunesse dans une société qui paraît plus verrouillée que jamais?

Comme l'ont rappelé les récentes manifestations anti-G8, la contestation couve toujours. Elle cherche seulement de nouvelles manières de s'exprimer. A Berlin, Jan et Peter, 20 ans, ne rêvent pas seulement de changer le monde au bistrot du coin. Ils ont décidé de passer à l'action. Grâce à l'expérience du second comme installateur d'alarmes, ils s'introduisent dans des belles villas et y perpètrent des «saccages poétiques» en laissant cet avertissement: «Vos années de vaches grasses sont passées» ou alors «Vous êtes trop riches», signé «Les Edukators (Die Erziehungsberechtigten)». Puéril? Voire…

Car le film adopte plutôt le point de vue de Jule, qui ne sait rien de ces activités nocturnes de son ami Peter et de son colocataire. Travaillant comme serveuse, elle doit rembourser une lourde dette après avoir embouti la belle voiture d'un nanti, n'arrive plus à payer son loyer et est mise à la porte de son appartement. Un jour, en l'absence de Peter, Jule et Jan se rapprochent, se révèlent leurs secrets et… vont jouer aux Edukators chez le responsable des malheurs de Jule. Mais l'expédition tourne mal et nos trois compères finiront dans un chalet des Alpes tyroliennes. Pas facile de vouloir jouer aux moralistes! Surtout lorsque la jalousie s'en mêle et le prisonnier s'avère être un ancien contestataire de 68…

Toujours surprenant, ce film a du souffle. On croit d'abord avoir affaire à une sorte de tract vite bâclé en DV, mais non, l'énergie du style et l'ironie du propos finissent par se compléter à merveille. Et pour finir, The Edukators échappe même au cynisme en prenant malgré tout le parti de l'utopie. C'est comme si, par-dessus les Alpes et toute une génération amorphe, le Bellocchio de Buongiorno, notte et le Bertolucci d'Innocents s'étaient trouvé un héritier en Hans Weingartner, jeune cinéaste autrichien de 34 ans.

Après des années de formatage télévisuel et de simili Hollywood, le cinéma germanique se réveillerait-il enfin? Avec le fiévreux Daniel Brühl (Goodbye Lenin!) et l'attachante Julia Jentsch comme figures de proue, il pourrait avoir de beaux jours devant lui.

The Edukators (Die fetten Jahre sind vorbei) de Hans Weingartner (Allemagne-Autriche 2004), avec Daniel Brühl, Julia Jentsch, Stipe Erceg, Burghart Klaussner, Hanns Zischler.