Louise Hanmer est une danseuse particulière. Est-ce lié à sa profession de psychomotricienne? Ou à sa fonction de professeur de yoga? Cette artiste genevoise déploie en tous les cas un mouvement si retenu et si délicat qu’elle crée une bulle temporelle, une parenthèse, dans le tumulte des productions ­actuelles.

Au Théâtre du Galpon, ces jours, Louise Hanmer parle du corps déficient, celui qui trahit son propriétaire. Aux antipodes d’une proposition spectaculaire, Une Curiosité exprime cette ­défaillance à travers des indices, – objet, images et mouvements –, qui restent volontairement énigmatiques et en suspens.

Comment se manifeste une faiblesse physique? Et comment, surtout, réparer cette faiblesse? Ces questions traversent le solo sans ostentation. Dans un premier temps, Louise Hanmer adopte une gestuelle rodée, géométrique, presque hiéroglyphique. La machine trottine sans encombre dans cette pièce aux murs et aux sols blancs (décor de Claire Peverelli).

Puis survient la faille, ces membres amputés qui obligent la danseuse – ou patiente – à rouler sur les coudes et les genoux. La mobilité est freinée. Une musique sourde (Filippo Gonteri) et des dessins d’animation, des cellules à couleurs et tailles variables (Joëlle Isoz) annoncent une nouvelle menace pour ce corps en difficulté. Le blanc, couleur clinique? Une séquence plus loin, Louise Hanmer se donne des consignes («lève les bras», «ferme les yeux», «c’est bien», «marche sur la ligne») qu’elle applique diligemment. Là où le corps lâche, la discipline thérapeutique tient.

Et puis, il y a ce bras. Un bras droit de mannequin posé au sol comme un membre orphelin qui cherche un corps d’attache. Etrange, ce moment où, au sol, Louise Hanmer caresse cette main solitaire. Elle tente d’incorporer cet élément étranger. Triple bras tendu, l’homme aux parfaites proportions de Vinci prend une nouvelle connotation.

Ce spectacle est émotionnellement étrange. Comme détaché, déconnecté. C’est lié à la personnalité de Louise Hanmer, aussi discrète que déterminée à suivre son fil, celui qui, cassé, raconte les «moments sans». Le solo manque peut-être de crescendos. Mais il a un grand mérite: celui de ne rien souligner.

Une Curiosité, Théâtre du Galpon, Genève, jusqu’au 30 juin, 022 321 21 76, www.galpon.ch