Théâtre

Les jeunes diplômés bouleversent en fiancés du lac

Denis Maillefer dirige la volée de sortie de la Manufacture dans une suite de monologues écrits par Pascal Rambert. Exigeant et bouleversant

Critique: «Lac», spectacle de sortie de la Manufacture, tournée en Suisse, ce jeudi à Paris

Les jeunes diplômés bouleversent en fiancés du lac

Lac est une mer. Avec son flux et son reflux, ses couleurs sable et sel, ses bleus, ses gris, ses verts. Lac, spectacle de sortie des diplômés de la Manufacture, est une mer qui va et vient, même si la langue de Pascal Rambert relève plutôt du tsunami, de la déferlante sans merci. C’est que Denis Maillefer freine la frénésie, place l’action à l’horizon, amène une douceur à la situation. La situation? La mort de Thibault, leader solaire dont le corps meurtri a rougi le lac et terrassé de douleur ses quinze compagnons. Tour à tour, filles et garçons prennent la parole. Certains agressent, d’autres encouragent. Mais tous portent la balafre Thibault au front. Et c’est très beau.

Trois heures de monologue. Pascal Rambert n’est pas homme des demi-mesures, Denis Maillefer non plus. Ils ont raison. A voir à Paris dès ce jeudi, ce spectacle a intrigué les publics des Halles de Sierre, de Vidy et du Loup. Emotion palpable face à ces quinze comédiens (Simon Bonvin, Mathias Brossard, Jérôme Chapuis, Cyprien Colombo, Marie Fontannaz, Lola Giouse, Judith Goudal, Magali Heu, Lara Khattabi, Simon Labarrière, Jonas Lambelet, Thomas Lonchampt, Emma Pluyaut-Biwer, Nastassja Tanner et Raphaël Vachoux), constamment sur le plateau, qui se déplacent comme des vagues et se racontent à travers une expédition: la création d’un spectacle en plein air, l’excitation des corps dans les buissons la nuit, l’ivresse, et le dur réveil de la troupe suite à cette mort de plomb.

Ces diplômés parlent d’eux à travers les mots d’un autre, car Pascal Rambert a écrit ces quinze monologues après avoir rencontré ces acteurs (LT du 27.05.2015). Dans une langue lyrique qui use (parfois abuse) des répétitions, il parle d’engagement, de la maturité des garçons, de la possessivité amoureuse, du sentiment d’exclusion, de la cruauté, ou encore du lien fort à la nature, le jour et la nuit, dans cet âge des sensations.

Autrement dit, tout ce que cette volée de la Manufacture a traversé pendant les quatre années de sa formation…

Peut-être est-ce ce lien qui donne sa force au spectacle? Pour le moins, les acteurs défendent avec fougue ces paroles d’un été meurtrier. Face au public, ils vibrent, s’enflamment, s’obstinent, se provoquent, se répondent à distance, semblent traversés par un besoin de vérité. Bien sûr, ils rappellent Stanislas Nordey dans Clôture de l’amour, hit de Pascal Rambert (LT du 03.11.2011). L’empreinte est manifeste. Mais ils sont aussi eux-mêmes avec leur talent et leur intensité. Espérons que de nombreux metteurs en scène l’ont aussi constaté.

Lac, du 25 au 28 juin, Festival des écoles, Cartoucherie, Paris.

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