Pourquoi les jeunes générations, si souvent confrontées à des difficultés que les baby-boomers n’ont jamais connues, ne s’indignent-elles pas contre eux? Devraient-elles les gifler d’un «sale vieil enfant gâté»? Les explications relatives aux conflits générationnels sont truffées de lieux communs. Certains personnages encore indignés contre leurs défunts parents ou de grincheux bien-pensants coagulés par des années de suffisance sont souvent les parfaits ambassadeurs de ces fadaises. Ce questionnement serait-il néanmoins pertinent pour le marché de l’art et plus particulièrement au sein de la meute des galeristes?

Ces interrogations émanent d’une certaine exaspération à voir de jeunes galeristes, présentant un programme artistique très pertinent, entrer en purgatoire pour parfois ne jamais en ressortir. A l’instar des artistes dont la phase cruciale se situe souvent au moment où les soutiens publics et privés se tarissent alors que les ventes d’œuvres ne permettent pas de survivre, les galeries passent par des étapes critiques. Après avoir eu l’opportunité d’exposer durant un temps limité dans une foire «off» comme la Liste – satellite d’Art Basel –, après avoir été sélectionné à plusieurs reprises pour l’une des sections annexes proposées par les plus prestigieuses institutions, vient la traversée du désert. Les salles d’attente des instances omnipotentes que sont les foires principales débordent de jeunes entrepreneurs talentueux. Dans ces no man’s land, l’équilibre devient précaire. Les artistes avec lesquels ils ont grandi commencent à vendre convenablement, alors que la visibilité de leur propre enseigne est affectée par une situation d’entre-deux. Encore trop petits pour obtenir une place aux côtés des baby-boomers, ils sont déjà trop âgés pour exposer aux côtés de la génération Y. Ils attendent alors sagement leur tour, sachant pertinemment qu’il n’y aura pas assez de place pour tous.

Vieux vautours

Tout cela peut sembler tragiquement banal, mais ce phénomène ne fait que s’amplifier avec un marché en pleine croissance et des aînés travaillant beaucoup plus longtemps. Tous n’ont pas les moyens et l’élégance du grand Bruno Bischofberger, qui a su se retirer d’Art Basel alors que son stand était toujours une véritable attraction. Bien au contraire, certains vieux vautours flairent ces caravanes en déroute et ne se gênent pas pour faire des propositions alléchantes aux meilleurs poulains de ces fébriles écuries. C’est précisément un sentiment d’injustice face à l’establishment qui a conduit à la création de la Liste. Alors pourquoi pas une foire de qualité, par et pour la génération X? Un complément à l’offre bâloise serait peut-être pertinent, malgré la pléthore de mauvaises initiatives, mais personne ne prendra le risque de s’aliéner les pontes de la Messe.

La génération Y, quant à elle, semble s’unir pour agir. Plusieurs galeristes parisiens et le Zurichois Gregor Staiger, insatisfaits par la réponse institutionnelle de la FIAC, foire d’art contemporain de Paris, à l’absence d’une foire satellite de qualité, ont mis sur pied la première édition de Paris Internationale. Faisant fi des velléités de la FIAC, désireuse de chapeauter son propre «Salon des Refusés», ils ont décidé de s’organiser. L’Internationale en réponse à l’Officielle, voilà une belle initiative qui permettra peut-être à cette dernière de trouver sa véritable voie.

*Directeur des études, Executive Master in Art Market Studies, Université de Zurich