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Chez Wajdi Mouawad, l’enfance n’est pas confinée à un âge: elle est un état davantage qu’un temps, un territoire plus qu’un stade, une étendue plutôt qu’un refuge. 
© Simon Gosselin

Spectacle

La jeunesse à cœur ouvert de Wajdi Mouawad

L’auteur et metteur en scène publie ces jours «Tous des oiseaux» et entraîne 16 jeunes comédiens dans un spectacle-manifeste au Théâtre de la Colline, à Paris. Volcanique

L’incendie de Wajdi Mouawad. Son printemps éruptif. Tel est le don de l’écrivain et metteur en scène en son fief du Théâtre de la Colline à Paris. La salle est bondée comme chaque soir, des étudiants, des lycéens, des briscards du mystère vespéral. Sur le plateau, 16 garçons et filles inflammables comme on l’est à 20 ans, une brigade sortie pour partie du Conservatoire de Paris. Ils se coulent dans Notre innocence, pièce qui est tour à tour un manifeste, un huis clos à fleur de nerfs, une oraison orageuse, une percée par-delà le miroir de la conscience. L’urgence est le mot d’ordre de cette chevauchée. Ça s’étire parfois, mais la secousse y est.

La mort d’une jeune comédienne

Mai 68, un demi-siècle déjà. Parce que cette floraison est une balise peut-être, l’auteur libano-canadien a éprouvé le besoin de sonder une nouvelle fois le cœur de la jeunesse. La sienne, entre Québec et Montréal. Celle surtout d’un groupe de comédiens, qu’il a embarqués à l’automne 2015 dans un atelier, à l’invitation du Conservatoire de Paris. Sur le métier, ils ont posé leurs élans, leurs frousses, leurs fantasmes: tout cela constitue Notre innocence, docu-fiction hanté par la mort bien réelle d’une des actrices du groupe.

Lire aussi: Le portrait de Souheila Yacoub, éblouissante dans «Tous des oiseaux»

A la Colline, ça se passe donc ainsi. La comédienne Hayet Darwich raconte ce jour où Wajdi l’appelle, lui parle de son projet de spectacle avec des élèves-comédiens, «une affaire de viande», dit-il. De deuil aussi, puisqu’une des leurs est morte. Hayet joue les passeuses, à la jonction des courants, là où les eaux de la fiction et du réel s’enlacent. Mais voici qu’un bataillon de visages pâles l’entoure. Ils débitent le malaise d’une génération qui ne sait sur quel pied se révolter. Ces blafards forment un chœur sidéral. Ecoutez leur «Je ne sais pas. Je ne sais pas. Je ne sais pas, etc.». Ce cri vous lamine dans votre fauteuil.

Le fantôme d’une petite fille

Serait-ce la panique d’une génération? Oui, suivie bientôt par le choc d’une disparition. Victoire s’est suicidée, apprend la bande, en lambeaux autour d’une table. Elle avait une petite fille, Alabama. Mais la défunte tricotait ses fables: Alabama n’existe peut-être pas. La voici pourtant en robe de cuir. Un fantôme. L’enfance de chacun, dirait-on.

La clé d’un songe

Car chez Wajdi Mouawad, l’enfance n’est pas confinée à un âge: elle est un état davantage qu’un temps, un territoire plus qu’un stade, une étendue plutôt qu’un refuge. Chercher Alabama dans Notre innocence revient ainsi non pas à renouer avec un éden égaré, mais à s’armer de vaillance, de sagacité pour affronter ses sables mouvants. Comme dans Tous des oiseaux (Leméac/Actes Sud-Papier), saga bouleversante jouée ici même en novembre, Wajdi Mouwad s’attaque au cœur du sujet: à l’invention de soi. Il y a là, bordée par l’écume des révoltes, la promesse d’un chemin.


Notre innocence, Paris, Théâtre de la Colline, jusqu’au 12 avril.

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