À eux trois, ils n’ont pas cent ans. Ce qui fait une jolie moyenne. Le trio de musiciens qui salue, mercredi soir au Victoria Hall, a des allures adolescentes. Pourtant, ce n’est pas la maturité qui leur manque. Et le Concerto pour deux pianos de Mozart, œuvre miraculeuse dont chaque note résonne loin, constitue un support de rêve quel que soit l’âge.

L’aîné: Jérémie Rhorer, 44 ans, est un chef attaché à l’interprétation baroque, avec son Cercle de l’harmonie. Ses Enlèvement au sérail ou Don Giovanni aixois ont assis sa réputation mozartienne. Le puîné: Adam Laloum, trois décennies tout juste, impose la clarté d’un jeu lumineux. Le cadet: Rémi Geniet, vingt-cinq printemps, enracine l’interprétation dans un terreau souple. Ensemble, c’est à une partie de cache-cache que les complices se livrent. Avec des grâces diverses.

Esprit joueur

Chacun son univers bien défini: plus chantant et projeté par Laloum, mais un rien sec. Plus moiré et fluide pour Geniet, mais à peine indolent. Les couleurs des instruments, le couvercle réverbérant de l’un contre la diffusion libre plus diluée de l’autre, font beaucoup pour la dissociation des caractéristiques du duo. Mais l’esprit est joueur avec des tendresses touchantes dans le fabuleux andante, malgré quelques traits «savonnés».

Fraîcheur, affection et vitalité, avec des surprises ornementales et rythmiques pour réveiller l’attention: les pianistes parlent la même langue musicale, jusque dans certains écarts d’emballement ou traitement plutôt scolaire. La délicieuse «Pavane de la Belle au bois dormant» de Ma Mère l’Oye de Ravel, donnée en bis à quatre mains, les montre encore frères de clavier.

Pupitres désunis

Du côté de Jérémie Rhorer, il y a comme un hiatus. On attendait une ouverture de Don Giovanni décapée à l'ancienne. L’OSR en formation réduite résonne étonnamment lourd et manque de précision dans les attaques. Le drame est bien là, mais comme empâté. Et dans la symphonie «Pathétique» de Tchaïkovski donnée en deuxième partie de soirée, les arêtes et la respiration manquent, les pupitres semblent désunis, chaque partie avançant comme à nu.

On aurait apprécié une direction plus engagée et une ligne générale plus tendue, particulièrement dans les passages lents ou sotto voce. Il est facile de faire éclater les fortissimos, mais beaucoup moins aisé d’en rendre les charges souterraines. Et Dieu sait que dans cette partition, la désolation, le poids du monde et l’arrachement le disputent à l’infinie douceur humaine et à la sensualité mélodique.

Jérémie Rhorer chercherait-il sa place entre baroque et romantisme? C’est le sentiment qui se dégage d’une interprétation manquant de recul et de hauteur, avec une montée finale certes puissante mais trop mécanique et un OSR étonnamment flottant.