Le couple formé par Akhénaton et Néfertiti envoûte. Parce que ce pharaon et son épouse avalisèrent la reconnaissance d'une divinité privilégiée - Aton, personnification du disque solaire -, au détriment des autres figures du panthéon égyptien. Une révolution.

Succédant à Amenhotep III son père, vers 1360 av. J.-C., le prince Amenhotep (IV - le futur Akhénaton) reste d'abord dans la tradition, respectant un polythéisme millénaire. C'était du reste la forme universelle des croyances et pas seulement en Egypte.

«Puis dès la quatrième année de son règne, précise Jean-Luc Chappaz, le commissaire de l'exposition au Musée d'art et d'histoire de Genève, tout se précipite: l'iconographie divine est remplacée par l'image d'un globe solaire pourvu de rayons qui se terminent par des mains, dispensant ses bienfaits sur le pays par l'intermédiaire du souverain.» Aton est devenu le dieu unique. Et le culte n'est plus célébré dans de sombres chapelles mais en plein air, sous les rayons de ce dieu.

L'année suivante, cinquième de son règne, Amenhotep IV change de nom et adopte celui d'Akhénaton, «celui qui est utile/celui qui est l'esprit de l'Orbe solaire». Et pour bien marquer cette évolution, il transfère la résidence royale de Thèbes (Louqsor) à Amarna (plus au nord, à mi-chemin entre Thèbes et Memphis proche de l'actuel Caire). Il fait de Tell al-Armana sa nouvelle capitale: Akhetaton, «l'horizon d'Aton».

Mais après dix-sept ans de règne, le roi disparaît. Sa fin est obscure. Et si l'on a retrouvé sa tombe, on ne sait ni quand ni comment Akhénaton est décédé. La quasi-totalité des monuments qu'il avait fait élever furent détruits ou sévèrement endommagés. Comme pour effacer toutes traces de ce pharaon hérétique. La fin de la reine Néfertiti est également entourée de mystères. La période floue dura trois ans avant que n'émerge le règne de Toutankhamon. Celui-ci revint à l'orthodoxie religieuse mais par contre sauvegarda un héritage précieux: l'univers des formes artistiques nouvelles que son prédécesseur avait fait mettre en place. L'exposition genevoise s'intitule donc tout naturellement Akhénaton et Néfertiti. Soleil et ombres des pharaons.

L'épisode de ce règne a évidemment intrigué les chercheurs et nourrit aussi pas mal de fantasmes. Comme de voir, en ce pharaon au visage émacié, un prophète christique avant la date. Et comme on juge toujours par rapport à sa propre époque, il passe pour un initiateur de la pensée unique (avec ses avantages et ses excès: l'intolérance). Monogame, il représente avec Néfertiti et leurs filles l'expression de la cellule familiale. Et il est le fondateur d'une cité idéale, dont on fait encore de nos jours des rêves urbanistiques.

«Cette exposition échappe-t-elle à ces a priori? Probablement pas», avoue humblement Jean-Luc Chappaz. Mais cette exposition a l'avantage d'être sobre comme le dépouillement imposé au panthéon divin par Akhénaton. On n'est plus dans le fatras d'objets remontés des tombeaux. La théologie d'Amarna n'a en effet jamais spéculé sur un quelconque royaume des morts. Pour la scénographie, un gris clair a été choisi. Et si quelque 225 objets sont présentés, prêtés par de grandes institutions européennes et américaines, leurs formats sont plutôt modestes. Mais ce sont des pièces rarement montrées. Et elles ont l'avantage de pointer des choses essentielles.

Ainsi un bas-relief, présenté dans la première section La Jeunesse d'un prince, comparé à des restes de frises, sculptées en relief dans le creux, illustrant Les scènes du culte royal (Akhénaton et Néfertiti, dans la seconde grande salle palatine du musée); cette comparaison montre à quel point cette invention artistique a introduit dynamisme et souplesse dans le rendu des attitudes. Ailleurs, ce sont les petits objets ramassés dans les ruines des habitations du peuple qui trahissent la persistance de certaines traditions. Les figurines de Bès ou d'Hathor sont encore évoquées lors d'exercices de piété ou de magie. Alors qu'elles étaient proscrites officiellement.

Toute l'exposition se prête d'ailleurs à ce jeu d'opposition entre mises en lumière et parts d'ombre. A travers souvent des objets délicats. Et quelques-uns plus majestueux, telle cette tête du dieu Amon (prêtée par le Metropolitan Museum) où se rencontrent les rigueurs de la contre-réforme et les douceurs du style amarnien.

Akhénaton et Néfertiti. Soleil et ombres des pharaons. Musée d'art et d'histoire, Genève. 022/418 25 00, ville-ge.ch/mah. Ma-di 10-17h. Du 17 oct. au 1er fév. 2009.