roman

Jimi Hendrix en majesté

Dans «Hymne», Lydie Salvayre revisite la légende du guitariste à partir du fameux concert de Woodstock en août 1969 où il avait interprété l’hymne américain

Genre: roman
Qui ? Lydie Salvayre
Titre: Hymne
Chez qui ? Seuil, 242 p.

Un hymne sur l’hymne. Le 18 août 1969, à 9h du matin, Jimi Hendrix joue The Star Spangled Banner, l’hymne américain, devant 20 000 spectateurs à Woodstock. Lydie Salvayre rend un hommage passionné au guitariste, au cran, au talent qui lui permit de transfigurer l’hymne national en pleine guerre du Vietnam, qui osa ne serait-ce que toucher au symbole patriotique par excellence, l’hymne qui accueillait les jeunes GI morts au combat.

Dans un précédent roman, Portrait de l’écrivain en animal domestique (Seuil, 2007), Lydie Salvayre campait une écrivaine engagée par un entrepreneur milliardaire pour écrire un livre à sa gloire. Elle y auscultait sans concession les accommodements avec la morale que les rapports de séduction et d’argent entraînent. Ici, Lydie Salvayre écrit en son nom – on serait tenté de dire chante en son nom, à la façon des poètes de l’Antiquité –, elle écrit donc en son nom une ode à Jimi Hendrix avec, comme point de mire ou d’orgue, ce matin du 18 août 1969, à Woodstock.

Avec sa fougue habituelle, Lydie Salvayre s’étonne elle-même du ton qu’elle emploie presque malgré elle pour évoquer le parcours du guitariste au sang mêlé (blanc, noir et cherokee, toute l’Amérique en somme). Elle se surprend à user d’un style incantatoire, elle se laisse prendre par l’admiration, par un sentiment quasi amoureux. Elle l’admet, elle est donc pardonnée. Car parfois, c’est trop, comme souvent dans ces cas-là et puis c’est magnifique. Lydie Salvayre ne veut plus parler «que des choses qui, véritablement, m’importent et me touchent à vif», écrit-elle au début du roman. Elle ne veut plus avoir de lien qu’avec ceux-là qui m’aident à vivre, connus ou anonymes, morts ou vivants, Jean Vernet, mon voisin adorable, ou Hendrix, ce génie.»

L’exercice d’admiration conduit à une biographie condensée, non pas au sens de résumée ou de précipitée mais d’intense, qui vise à l’essence. Et les plus belles pages sont indéniablement celles où Lydie Salvayre tente de s’approcher du nœud de tristesse qui a conduit Jimi Hendrix à la mort le 18 septembre 1970, tout juste un an après l’acmé de Woodstock. Celles aussi sur le chagrin insurmontable de l’absence de la mère.

La geste de Jimi Hendrix, baptisée ici la «Légende», a été maintes et maintes fois consignée et décortiquée. Lydie Salvayre se garde bien de vouloir augmenter encore cette bibliographie. Ce qui compte pour elle est d’expliquer ce qui la bouleverse dans l’attitude d’artiste du musicien. Dans sa façon d’être, de corps et d’âme, tout entier dans la recherche de la Beauté. Au-delà des turpitudes commerciales dans lesquelles il se retrouve pieds et poings liés sous les ordres contractuels de l’infâme agent Jeffery.

Ainsi à la télévision, quand un présentateur vedette lui demande pourquoi il a composé cette version distordue et stridente de l’hymne américain, Jimi Hendrix a répondu: «C’est par goût de la beauté.» Et rien d’autre. Parce qu’il n’y avait rien d’autre à dire. Et peut-être que la force de Lydie Salvayre est de nous faire communier dans ce que Jimi Hendrix ne dit pas. Dans ses silences. En fermant le livre, on a ce sentiment, rare, de l’avoir frôlé. Et on le salue, ému.

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