Jo Excoffier, 79 ans, était un modèle. Souvent, à la fin d'un spectacle, on cherchait son écharpe blanche dans la salle. On était avide de l'écouter. Il en avait tant vu, des chefs-d'œuvre, ceux de Jean Vilar et du Living Theatre, ceux de Strehler et de Pina Bausch. Et il aimait toujours ça. Preuve: cet ancien acteur et producteur-journaliste à la Télévision romande œuvrait depuis huit ans au sein de la commission culturelle du Département de l'instruction publique à Genève. Il était chargé, avec d'autres, d'évaluer les dossiers des compagnies demandeuses de subventions. Conseillère culturelle auprès du DIP, Simone Lachavanne confiait hier: «Jo était notre mémoire, ses avis étaient aussi fouillés que précieux.»

Jo Excoffier, c'était donc un art de raconter les illuminations d'hier et d'aujourd'hui, une intelligence aimante, un sens du mot juste, une passion du jeu et du mouvement. Il est mort samedi, sur un court de tennis. Et si rien ne console de cette disparition brutale, cet adieu lui ressemble un peu: il aimait s'éprouver dans l'action. Jean-Jacques Lagrange, réalisateur à la TSR, a fait ses débuts en 1950 avec Jo Excoffier à Radio-Genève: «Jo était tourné vers l'avenir, il était capable de parler d'un spectacle de Roger Planchon comme du futur de la télévision.»

«Le grand Suisse»

Jamais de nostalgie. Jo Excoffier était porté par le désir de connaître. Il fréquentait les salles à néons grésillants avec la même passion qu'il avait naguère hanté les grandes maisons européennes. A l'époque, dans les années 1970, il portait un chapeau de cow-boy, style Gary Cooper, et les habitués savaient que «le grand Suisse» était là, avec micro et enregistreur dans sa sacoche. Jean-Jacques Lagrange: «On le connaissait partout pour ses émissions sur le théâtre, ou culturelles, comme Ticket de première.»

Jo Excoffier était à cheval entre deux mondes qu'il réunissait: le théâtre, ses traditions, ses inventions et l'information. Il y a huit jours, on le croisait à la conférence de presse du chorégraphe Gilles Jobin. C'était à Genève, dans un bistrot au bord du lac, sur une jetée. Le ciel était à l'hiver. Jo Excoffier, lui, prenait des notes. Il disait qu'il voulait lever le pied. On ne le croyait pas. Puis, il s'est éclipsé dans un éclat de lumière boréal.