Influence? Filiation? Qu’est-ce que la grande figure américaine de l’abstraction, célébrée pour ses polyptyques énergiques au geste ample et à la touche tourmentée, doit au pape de l’impressionnisme, au peintre des Meules, de La Cathédrale de Rouen et des Matinées sur la Seine? Joan Mitchell (1925-1992) a-t-elle réinventé l’impressionnisme visionnaire de Claude Monet (1840-1926) à travers le langage de l’expressionnisme abstrait, comme l’écrivait, en 1976 le critique d’art Pierre Schneider dans les colonnes de L’Express? «Ce n’est pas mon peintre. Je n’ai jamais tellement aimé Monet», rétorque, de manière abrupte et mordante, Joan Mitchell. «Impressionniste, pas du tout», poursuit-elle en réfutant toute forme d’influence du patriarche de Giverny sur sa peinture. Farouchement libre, elle ne veut être placée dans l’ombre d’aucun maître. Comme Monet qui nia toute influence de Turner sur son art.