Classique

Joan Mompart déguste «Pulcinella» avec une gourmandise d’enfant

La musique de ballet de Stravinski s’installe pour trois soirs à l’ODN. Dédié à la jeunesse, le spectacle du Grand Théâtre sera accompagné par l’OSR dans une scénarisation minimaliste et ludique conçue pour tous

Le projet est venu sur le tard. Il a donc fallu faire vite. Mais rien n’est impossible pour Joan Mompart. Le metteur en scène a donc dû retrousser les manches sur une idée originale. Car il ne s’agit rien moins que de porter sur scène en un temps record un spectacle pour enfants qui s’inscrive dans le cadre des activités Jeunesse du Grand Théâtre et puisse plaire à tous. L’artiste est vif, réactif, passionné. Et il adore aussi le public enfantin, «le plus exigeant à qui on ne peut rien cacher» et la musique «qui porte l’acteur».

Depuis qu’il a cofondé en 2005 la Compagnie du Rossignol avec le chef Antoine Marguier, Joan Mompart fréquente de près le monde musical en tant que récitant ou narrateur. Il y a d’abord eu l’Histoire du soldat avec Omar Porras en 2003. Ce spectacle souvent repris déclencha l’aventure du Rossignol. On se souvient notamment de l’Histoire de Babar en compagnie de l’OCG, ou de la Reine des neiges. Sa première expérience avec l’OSR date de 2007 avec les Fables de la Fontaine. Puis le fameux Piccolo et Saxo, l’installe dans une spécialité qu’il pratique avec gourmandise.

Le Temps: Qu’est ce qui vous a séduit dans cette double expression artistique?

Joan Mompart: La stimulation du travail avec des artistes d’un autre univers, dans un partage de vues reliant musique et théâtre. J’ai développé des relations très fructueuses et passionnantes avec des musiciens de l’OSR, de l’OCG ou de Contrechamps par exemple. Ça nous a donné envie de faire des spectacles de narrateur pour orchestre. Ce qui s’est concrétisé par des commandes à différents compositeurs dont les oeuvres sont données en création mondiale tous les deux ans. Ce n’est pas rien pour une petite compagnie indépendante.

- Comment la musique s’inscrit-elle dans votre activité théâtrale?

- Au théâtre, c’est l’acteur qui convoque le récit, l’auteur, les émotions. Avec la musique, ce qui me passionne c’est que c’est elle qui convoque. Il suffit d’écouter les notes pour être dans une dramaturgie. C’est la chose la plus belle qui puisse exister pour un acteur: laisser faire l’autre. La musique. Qu’elle soit descriptive ou contemporaine. Lui céder sa part de travail pour soulever l’imaginaire et la sensibilité du public. Il y a encore la dimension corporelle, qui, grâce à elle, trouve sa source ou sa ressource dans les notes.

- Comment est né le projet de «Pulcinella»?

- Au dernier Septembre musical, j’avais donné Pierre et le loup. Et quand Tobias Richter est venu voir l’Opéra de quat’sous en mars, on a décidé d’entamer un chemin ensemble. En cherchant des ouvrages possibles, c’est celui qui s’est imposé à nous. Sa part de folie et son rapport fort avec le passé nous ont séduits.

- Sur quoi vous appuyez-vous dans l’oeuvre: les origines pergolèsiennes, la musique de Stravinski, le personnage, la commedia dell’arte…?

- Prioritairement sur Pulcinella qui a traversé les siècles et les pays sous différents noms et apparences. Je lui fais faire une sorte de voyage entre les pays d’Europe où il a connu des transformations. l’Italie, originelle, la France où il est Polichinelle, l’Allemagne où on le retrouve sous le nom de Hanswurst et l’Angleterre qui le dénomme Punch. Sous ses différents costumes et masques.

- Comment est-ce que cela prend forme sur scène?

- Grâce à la merveilleuse acrobate, danseuse et comédienne Emmanuelle Annoni, qui incarne les divers personnages. Il y aura un peu une surprise, car j’aime beaucoup bouger et ne vais pas rester statique. Il est probable qu’on intervienne ensemble…

- Avec l’orchestre et les trois chanteurs sur scène dans un environnement visuel?

- Les musiciens seront en effet à côté de nous mais c’est la lumière et les différents costumes qui feront office de décor. Je préfère un univers dépouillé et suggestif pour laisser au public l’espace à son propre imaginaire.

- Ajouterez-vous un texte personnel?

- Des petites incursions avant et après la musique. On a adapté certains écrits à travers les âges et les pays pour obtenir un maximum de ludisme. On explique comment il s’est transformé, réincarné. Comment il est devenu un esprit, en quelque sorte, à travers ses diverses métamorphoses. En marionnette ou en personnages très différents selon les régions. Je suis parti de l’argument originel qui se passe dans les rues de Naples, où Floriello et Clorindo, les promis de Rosella et Prudenza, battent à mort Pulcinella auquel les jeunes femmes ne sont pas indifférentes. Mais un personnage déguisé dit pouvoir ressusciter les morts. Il fait revivre Pulcinella. Et quand il ôte son masque, c’est… Pulcinella lui-même. Ce qui me touche le plus dans cette histoire, c’est que par extension, on peut dire que Pulcinella est en chacun de nous. C’est notre démon intérieur, la part irrévérencieuse de notre âme, notre voix iintime qui vient nous dire nos quatre vérités. Notre secret de Polichinelle…


Opéra des Nations me 26 et je 27 à 19h30, di 30 à 15h. Rens: 022 322 50 50, www.geneveopera.ch

Publicité