Entretien

Joël Dicker: «Amener un jeune dans une librairie, c’est une victoire»

L'écrivain genevois, dont le nouveau roman sort jeudi, espère un sursaut contre la toute-puissance numérique américaine dans le domaine culturel

Le nouveau roman de Joël Dicker sort ce jeudi 1er mars. Et l'auteur genevois se fera fort de réaliser une tournée des librairies romandes, avant d'autres territoires. Il explique sa démarche.

Le Temps: D’où vous vient votre amour des librairies?

Joël Dicker: J’ai grandi au milieu des livres. Quand ma mère est devenue libraire, j’avais 10 ans. Les librairies étaient déjà pour moi des lieux magiques. Elles le sont restées. Je ne peux pas passer devant une librairie sans y entrer. Même en voyage, dans un pays dont je ne parle pas la langue. Pour le bonheur de découvrir des mondes.

En 2018, face à l’offre numérique, aimer les librairies ne relève pas que du bonheur intime. C’est aussi un choix de société?

Il faut faire une distinction entre, d’un côté, l’évolution positive que représentent la numérisation et les possibilités de faire des achats sur le Net et, de l’autre, ce qu’est réellement Amazon. Le but, violent, d’Amazon est d’obtenir le monopole sur le marché de détail. La stratégie adoptée est la mise à mort des commerces physiques.

L’autre pôle stratégique d’Amazon est d’inciter les clients à n’acheter que ce qu’ils aiment ou connaissent déjà. Face à cela, il y va de notre responsabilité de citoyen: voulons-nous d’une société qui reproduise sans cesse le même, qui devienne de plus en plus autocentrée? Et qui du coup ait de plus en plus de difficultés à rencontrer l’autre puisqu’elle y est de moins en moins confrontée?

Vous êtes inquiet?

Je suis inquiet face à la progression d’acteurs ultra-puissants qui peuvent détenir à terme le monopole de l’offre culturelle. Je suis inquiet aussi devant cette tendance à l’indifférence, à l’acquiescement en fait, par désespoir peut-être, que je constate autour de moi. J’espère un sursaut.

Une librairie est d’abord un espace de liberté?

Les librairies sont des refuges où des gens de tous horizons se croisent. Peu d’espaces permettent un tel brassage. Plus important encore, une librairie déploie l’immensité du choix. Autant d’occasions de sortir de soi-même et d’espérer.

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Les livres sont-ils des vecteurs d’espoir?

Je le pense. Dans l’impasse désenchantée où nous sommes, comment parvenir à ne pas baisser les bras et à se mobiliser pour faire évoluer les choses? Le livre demeure un bastion de l’imaginaire et du possible.

D’où l’importance des signatures en librairie?

Surtout pour les plus jeunes, qui sont nés avec Internet. Je vais là où ils sont, sur les réseaux sociaux, pour les inciter à venir en librairie. Quand ils viennent, je leur dis: «Ici, si tu prends la peine de lire, tu peux tout apprendre, tu as l’immensité du savoir sous les yeux.» Quand j’attire un public qui ne va pas habituellement en librairie, je suis heureux. C’est une victoire.

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Je suis convaincu que tout un chacun aime être captivé par un récit, avoir froid, avoir peur avec les protagonistes. Or tout cela n’est qu’une production de notre cerveau. Ne bradons pas la force de l’esprit humain à Facebook et consorts. Réveillons-nous!


Notre critique du roman à paraître jeudi: Le nouveau Dicker: cinq saisons de série télé en un seul livre 

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