De Johannes Itten (1888-1967), on ne connaît le plus souvent qu’une silhouette, celle d’un ténébreux jeune homme élancé, au crâne rasé et à l’allure monacale, que l’on retrouve sur toutes les photographies datant de la période où il enseigne au Bauhaus. De 1919 à 1923, il dispense en effet à l’école de Weimar un enseignement important, devenu par la suite mythique: le «cours préliminaire», ou «cours préparatoire», selon les traductions, s’adresse à tous les étudiants sans exception et consiste en un apprentissage de la forme, des textures, et des matériaux qui doit encourager le développement de la puissance créatrice de jeunes artistes en devenir.

Itten est un disciple du mazdéisme, une doctrine religieuse syncrétique qui, comme la théosophie, est alors en vogue dans les milieux artistiques, notamment parce qu’elle donne une place centrale à la figure de l’artiste, considéré comme un guide, voire un sauveur. Itten propose ainsi des exercices de respiration aux étudiants, ou intervient sur leur régime alimentaire. Mais ses méthodes pédagogiques alternatives se trouvent progressivement marginalisées quand le Bauhaus s’engage dans un tournant fonctionnaliste.