Autour de la figure du Titien, «le vieil homme», l'écrivain John Berger dialogue, par lettres et cartes postales interposées, avec sa fille Katya, alors domiciliée à Athènes. Du Titien, le tableau intitulé La Nymphe et le Berger, conservé à Vienne, est le plus souvent évoqué et analysé par les interlocuteurs. Ceci à cause de la

position de la main de la nymphe, que John Berger juge singulière, invraisemblable, du point de vue de l'anatomie. Ainsi en vient-il à attribuer cette main à un autre personnage, par ailleurs invisible. L'un des dessins de l'écrivain qui ponctuent ce récit alterné fait même sortir cette main du sein de la nymphe, comme déchirée par le désir, le sien ou celui du berger. Dans ces missives, qui datent d'une dizaine d'années, père et fille explorent non seulement les dimensions charnelles et amoureuses de la peinture, mais également leur propre relation. Qui semble s'être construite autour de la peinture, via les livres d'art: «Aussi loin que je me souvienne, j'ai été habituée à regarder des peintures. Sans me donner de consignes particulières, on déposait sur mes genoux une monographie sur le Caravage, le catalogue d'une exposition Poussin…»