Certains réalisateurs ont fait le film de trop, celui qui ruine les réputations et ferme à tout jamais l'accès au studio. Pour John Guillermin, qui vient de décéder, ce fut King Kong 2, en 1986. Parce qu'une rediffusion du King Kong de 1976 avait fait exploser les taux d'audience, le producteur Dino de Laurentiis trouva judicieux de lui donner une suite. Dans laquelle, laissé pour mort au pied du World Trade Center, le gorille géant est récupéré par une équipe de scientifiques qui lui forgent un cœur artificiel de la taille d'une chaudière et dénichent dans la jungle de Bornéo une femelle gorille titanesque pour la transfusion sanguine dont Kong a besoin…

Né à Londres, en 1925, le cinéaste a abordé les genres les plus divers avant d'être appelé par Hollywood dans les années 50, où il a poursuivi dans la voie hétéroclite. Il a tâté du film de guerre (Les Canons de Batasi, Le Crépuscule des aigles, Le Pont de Remagen) et d'espionnage (Contre-espionnage à Gibraltar, Un Cri dans l'ombre), du film d'aventure exotique (La plus grande aventure de Tarzan, Sheena reine de la jungle), du film d'action (Alerte à la bombe), de la comédie (Song of Paris, Les Femmes du Général), du western (El Condor), de le blaxploitation même (Shaft contre les trafiquants d'hommes)… Une quarantaine d'œuvres pour le cinéma et quelques téléfilms, attestant d'un évident savoir davantage que de génie.

L'âge d'or de John Guillermin se situe dans les années 70. La Tour infernale, avec Steve Mc Queen et Paul Newman sauvant une brochette de stars prises dans ce barbecue géant qu'est un gratte-ciel en flammes, reste le parangon du film catastrophe. Il signe aussi une exquise adaptation d'Agatha Christie, Mort sur le Nil avec Peter Ustinov. Quant à son remake de King Kong, il a marqué les adolescents en pleine poussé de testostérone. Mais il a affreusement vieilli et Jessica Lange est définitivement moins sexy que Fay Wray dans l'original.