Le cinéma perd un visage d'élégance et d'angoisse. L'acteur britannique John Hurt est décédé à l'âge de 77 ans après une lutte de deux ans contre un cancer du pancréas, a indiqué samedi son agent. Il avait été nominé deux fois aux Oscars pour ses rôles dans «Elephant Man» (1981) et «Midnight Express» (1978). Outre ces deux œuvres, il a marqué comme le héros éreinté, dans un monde délavé, de «1984». Il avait également tourné à Genève, dans un film rare, «After Darkness», de Dominique Othenin-Girard, en 1985.

Anobli par la reine Elizabeth II en 2014, John Hurt a joué dans plus de 200 films et séries télévisées au cours d'une carrière longue de 60 an. Il a souvent tenu des seconds rôles qui ont marqué l'histoire du septième art.

Le comédien est né le 22 janvier 1940 près de Chesterfield, au cœur de l'Angleterre. Sa mère, bien qu'actrice amateur, lui a interdit d'aller au cinéma, qu'elle juge «trop commun» pour un fils de pasteur. A l'école, il a découvert le théâtre, mais c'est vers la peinture que ce grand admirateur d'Edvard Munch s'est d'abord tourné. Il décrocha ainsi une bourse pour devenir professeur de dessin à la Saint Martin's School of Art de Londres.

Alec Guinness, son modèle

En 1960, il est rattrapé par sa passion des planches et rentre à la prestigieuse Royal Academy of Dramatic Art (RADA), dont il ressort diplômé deux ans plus tard.

Parallèlement à la scène, il fait ses débuts à la télévision où il marque les esprits britanniques avec son interprétation de l'écrivain travesti Quentin Crisp, puis de l'empereur romain Caligula. Son modèle, c'est Alec Guinness dans l'«Oliver Twist» de David Lean.

«C'est la première fois que j'ai vu à l'écran un acteur utiliser la tradition théâtrale qui consiste à se mettre au service du rôle et non l'inverse et cela a influencé mon travail jusqu'à ce jour», expliquera-t-il.

En 1978, il incarne Max, un héroïnomane anglais dans l'enfer des geôles turques dans «Midnight Express» d'Alan Parker. Il remporte le Bafta, récompense annuelle britannique du cinéma et de la télévision, et le Golden Globe du meilleur second rôle et est nommé pour les Oscars.

L'année suivante, l'acteur longiligne à la tignasse rousse interprète le second officier Kane dans «Alien» de Ridley Scott. La scène où l'extra-terrestre le tue en sortant de sa poitrine – qu'il parodiera dans «La folle histoire de l'espace» de Mel Brooks … est entrée dans les annales du cinéma.

Le moment Elephant Man

En 1980, au prix de 12 heures de maquillage, il se glisse dans la peau tragique d'«Elephant Man», pour le chef-d’œuvre en noir et blanc de David Lynch. Son interprétation lui vaut une deuxième nomination aux Oscars et d'être récompensé aux Bafta Awards comme meilleur acteur. Il en recevra un autre pour l'ensemble de sa carrière en 2012.

John Hurt excelle dans le cinéma de genre et particulièrement les films d'anticipation, comme, donc, «1984» (Michael Radford, 1984), «V pour Vendetta» (James McTeigue, 2005) ou «Snowpiercer» (Joon-ho Bong, 2013).

A Genève

En 1985 dans «After Darkness», il campe le frère d'un jeune homme sorti récemment de l'hôpital psychiatrique. S'ensuit un trouble trio amoureux avec son amie. Tourné dans les couloirs en dédale du Palais Wilson, à Genève, le film de Dominique Othenin-Girard a rassemblé John Hurt, Julian Sands et Victoria Abril.

Mais sa carrière riche de 140 films, dont certains acceptés pour faire bouillir la marmite, reconnaissait-il volontiers, l'a aussi amené à interpréter le fabricant de baguettes Ollivander dans la saga des «Harry Potter» ou le savant fou Oxley dans «Indiana Jones et le crâne de cristal».

«Je suis ouvert à tous les genres cinématographiques, tout m'intéresse. Je suis essentiellement un acteur à louer», estimait le comédien, qui a joué sous la direction de Michael Cimino, Guillermo del Toro (pour la série des «Hellboy»), Jim Jarmusch ou encore Gus van Sant.

Des personnages excentriques et désaxés

L'acteur au regard mélancolique, qui écumait les bars de Soho avec Peter O'Toole, Oliver Reed et Lucian Freud, aimait jouer à l'écran les excentriques, les désaxés, qu'ils soient victimes ou tortionnaires. Sa voix douce et grave l'a conduit à plusieurs reprises à jouer les narrateurs notamment dans «Dogville» de Lars Von Trier – avec qui il a collaboré à trois reprises – ou «Le parfum: histoire d'un meurtrier», l'adaptation du roman de l'Allemand Patrick Süskind.

Après avoir combattu des problèmes d'alcool, John Hurt avait annoncé le 16 juin 2015 sur son blog qu'il souffrait d'un cancer du pancréas. Il se disait «plus qu'optimiste quant à une issue favorable».

Marqué par la mort accidentelle en 1983 de sa fiancée depuis 16 ans, le mannequin français Marie-Lise Volpelière-Pierrot, John Hurt s'était marié à quatre reprises. Il avait deux enfants.