Le nanar à revoir

Quand Johnny se prenait pour Clint Eastwood

Chaque jeudi de l’été, «Le Temps» revient sur un navet qui a marqué l’histoire du 7e art

Des bandidos s’apprêtent à faire un mauvais sort aux passagers de la diligence. Les sots! Ils n’ont pas vu que Hud (Johnny Hallyday) est planqué dans le relais! Ce cavalier noir, portant une coquette cotte de mailles en guise de gilet, fait route vers Blackstone pour venger son frère. Il aura maille à partir avec le shérif Gedeon et la banquière Virginia Pollicut (Françoise Fabian). Coproduction franco-italienne de Sergio Corbucci (Django, Le grand silence), Le spécialiste (1969) est un western spaghetti-rillettes, tourné à Cortina d’Ampezzo, dont la naïveté, la maladresse et l’incohérence goguenarde laissent pantois.

Le réalisateur aligne les clichés comme des noix sur un bâton dans cette histoire de vengeance gauchement hybridée avec une chasse au trésor. Il met en scène des personnages outrageusement caricaturaux, comme El Diablo, un bandit vantard et sanguinaire, ou le shérif qui traverse sa ville la fleur au fusil. Cet empoté est invité chez Victoria. «Cela ne vous dérange pas si je prends mon bain pendant que nous bavardons?» minaude-t-elle. Oups! Elle laisse tomber son savon; il farfouille le fond de la baignoire, saisit quelque chose, mais ce n’est pas ça, glousse la vamp. O frisson de l’érotisme…

Pistolero laconique

Le cinéaste entend démontrer qu’à Blackstone, comme partout ailleurs, les bourgeois sont des pleutres et des pourris. Il brouille toutefois le message gauchiste à travers quatre hurluberlus anachroniques. Ces hippies fumeurs de joints révèlent in fine leur face d’ombre en obligeant les citoyens à ramper nus dans la grande rue. A l’article de la mort, Hud se relève et, colt déchargé au poing, marche vers les transfuges de Woodstock. Ils glaglatent salement et déguerpissent. Ayant rejoué «Cheveux longs, idées courtes» sur le mode western, le héros n’a plus qu’à chevaucher vers le soleil couchant, tel un vrai «poor lonesome cowboy».

Hud n’est pas loquace. Mais quand il ouvre la bouche, c’est pour émettre des aphorismes pleins de bons sens tels «Les mots ne servent à rien, ce qui compte, c’est les faits, comme la mort dont on ne revient pas». Ce personnage de pistolero laconique renvoie directement à l’Homme sans nom campé par Clint Eastwood chez Sergio Leone. Evidemment, Johnny n’a pas le centième du charisme de son modèle américain.


Nanars précédents: 

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