Un bon Lazare est un Lazare qui se relève après le trépas. Johnny Hallyday doit sans doute connaître l’axiome, et si ce n’était pas le cas, il faudra alors lui accorder un mérite au moins, celui d’incarner avec une maîtrise totale le rôle du revenant. Depuis une semaine, le retour sur la scène du ­rockeur français s’apparente à une affaire nationale. La puissante machine de communication qui accompagne monsieur «à que» a atteint son régime maximal; le chœur médiatique, lui, a suivi en relayant le message concocté par le clan du chanteur. Que dit ce message? Que le nouvel album (Jamais seul) est le geste artistique tangible d’une véritable résurrection, au sens christique ou «lazarien» du terme, c’est selon. Cet élan religieux place ainsi les affres de Los Angeles – là ou Johnny a risqué en 2009 de laisser sa peau suite à des complications postopératoires – sous la coupe d’une Passion personnelle, d’un chemin vers le Golgotha.

Johnny en est revenu, à 67 ans. Les ficelles visibles qui ont rendu possible le miracle sont avant tout de nature médicale, on l’aura compris. La musique du chanteur devait beaucoup à l’Amérique, le corps remerciera à jamais ses chirurgiens. D’autres ficelles, exposées avec moins d’aisance, parlent d’une avance de 12 millions d’euros versés par Warner pour la conception de l’album. Elles disent aussi que la tournée qui s’annonce en 2012 sera soutenue par le milliardaire Jean-Claude ­Darmon, patron des publicités dans les stades. De quoi relever une momie égyptienne!

La belle histoire que nous sert Johnny ne peut pas se passer des prémices d’épilogues qui enterrent tout. La célébration que lui a réservée samedi passé la chaîne TF1 (Le show Johnny) a été battue à l’audimat par celle de Patrick Sébastien. Et le disque? Son standing besogneux dépasse amplement les pires clichés que draine le personnage. La résurrection artistique attendra. Sans l’aide des chirurgiens cette fois-ci.