Grand style. L’autre soir, il vient d’entendre son nom, il s’avance dans un costume Dior, œillet rouge à la boutonnière et pochette de dentelle, il a l’air suspendu dans son émotion. Il est le deuxième compositeur noir à obtenir un Oscar après son maître Herbie Hancock, en 1986 pour Round Midnight. Jon Batiste sourit, il écarte ses longs membres d’échassier et mentionne sa professeure de piano, Shirley William, lorsqu’il étudiait gamin à la Saint Augustine High School de La Nouvelle-Orléans. «C’est une succession de miracles qui m’ont conduit jusqu’à vous ce soir.» Il a 33 ans, il est au sommet de sa vie.

On l’appelle quelques jours plus tôt, sans se douter réellement qu’il remportera la statuette avec ses collègues musiciens, Trent Reznor et Atticus Ross. Pour le film Soul des studios Pixar, ils ont écrit une bande originale éblouissante, de jazz et d’atmosphère, d’électronique et de swing. Jon Batiste a servi de modèle pour le protagoniste, un jazzman du dimanche qui rêve de devenir professionnel, plusieurs dizaines de caméras ont capturé les mouvements du pianiste pour en reproduire les acrobaties, la voltige. Batiste n’a jamais été seulement un musicien, il est une allure.