Trio phare de la scène indépendante new-yorkaise depuis dix ans, fleuron d'un rock'n'roll débridé et adepte des croisements de sonorités tout aussi fougueuses, du blues au punk via le hip-hop, Jon Spencer Blues Explosion fait déjà figure de groupe légendaire. Son aura rayonne bien au-delà des avenues de la Grosse Pomme, jusqu'à Detroit et San Francisco, et même en Australie. Des White Stripes aux Strockes, de Black Rebel Motorcycle Club aux Hives, la jeune garde rock ne tarit pas d'éloges devant nos trois chantres d'une certaine avant-garde musicale. D'autant que le fondateur et leader du combo, Jonhatan Spencer, avait de son côté publié trois disques restés emblématiques au milieu des années 80 sous le nom de Pussy Galore. Dont une reprise intégrale et fiévreuse du double album des Rolling Stones, Exile On Main Steet. Sans autorisation évidemment. De passage hier soir au Cargo de Neuchâtel, avant de venir enflammer ce soir le festival de la Bâtie à Genève, le chanteur damné évoque le récent et paradoxalement sage album Plastic Fang, ainsi que la dévotion qui règne à son égard.

Une référence

«Cela me touche évidemment que des groupes qui émergent nous citent comme référence. Ce qui est le plus flatteur, sans que cela nous monte à la tête, est surtout de constater la manière avec laquelle ils perpétuent notre état d'esprit dans leurs propres compositions», rétorque Jon Spencer au fait d'être devenu à 37 ans un modèle. De la même façon qu'il confirme que le Jon Spencer Blues Explosion s'est toujours nourri et réclamé du son sale et subversif des Rolling Stones du début, de Muddy Waters ou Chuck Berry, et du rock garage des années soixante, il considère la musique comme une éternelle «chose» en évolution. Un nécessaire renouvellement des bases. Il n'empêche que le groupe n'a pas choisi innocemment le producteur Steve Jordan, qui a travaillé avec les Stones et sur les albums solo de Keith Richards, pour Plastic Fang. Après les subversions sonores qui caractérisaient Acme, Jon Spencer Blues Explosion est revenu cette année à un son plus doux et ténu, à une économie d'expérimentations tous azimuts. Et renoue du coup avec ses véritables racines. Un constat que Jon Spencer botte pourtant en touche: «Lorsque nous enregistrons, nous ne pensons jamais aux directions que nous allons prendre. Nous fonctionnons uniquement à l'instinct. Musicalement, les chansons prennent forme sur le moment, en direct. C'est notre esprit et il a guidé l'enregistrement de chacun de nos albums. Jon Spencer Blues Explosion est un trio fondé sur l'action. Si Plastic Fang est un disque plus sage, moins fou qu'Acme ou Now I Got Worry, c'est uniquement parce que Steve Jordan y a confectionné des climats proches d'un rock'n'roll classique.»

«Plastic Fang» (Mute/Musikvertrieb). En concert ce soir au Festival de la Bâtie 21h. Genève. Usine, pl. des Volontaires. Rens.: www.batie. ch.