Critique: Jonas Kaufmann en concert à Lucerne

Charmes enjôleurs dans l’opérette

Jonas Kaufmann et son charme classieux. Samedi soir, le ténor allemand – le plus célèbre du circuit – faisait une halte au KKL de Lucerne au fil d’une tournée autour de son dernier album Du bist die Welt für mich, consacré à l’opérette berlinoise et viennoise des années 1925-1935. Séducteur – mais sans trop en faire –, il est parvenu à faire passer une note d’élégance dans un répertoire qui pourrait facilement basculer dans la guimauve.

On peut s’étonner qu’il y ait un micro (au look vintage) pour accompagner ses prestations. Sitôt arrivé sur scène, le ténor, costume seyant, cravate, s’adresse au public. Il explique qu’il s’agit d’un appoint pour mieux faire entendre les fines nuances de son chant jusqu’aux dernières galeries (sous-entendu ne pas fatiguer sa voix). La sonorisation (utilisée dans certains titres) n’est pas trop gênante et confère une sorte de patine à sa voix. «Relaxez-vous», dit-il, avant d’entamer le tube «Freunde, das Leben ist lebenswert» extrait de Giuditta de Franz Lehár, accompagné par Jochen Rieden et le Münchner Rundfunkorchester.

Il y a de l’éclat dans ces aigus dardés avec puissance, sitôt tempérés par des passages où la voix de Jonas Kaufmann se fait infiniment tendre et cajoleuse. Cette alternance entre fougue ardente et souffle presque murmuré fait la beauté de ses interprétations. Son éventail de nuances est spectaculaire. Par instants, la voix se pare d’un voile dans le haut médium et l’aigu quand il chante à mi-voix et pianissimo (notes décolorées). Mais la conduite de la ligne, ce timbre qui s’assombrit pour conférer de la nostalgie à certains airs («Grüss mir mein Wien» de Gräfin Mariza de Kálmán) sont irrésistibles.

Jochen Rieder et le Münchner Rundfunkorchester accompagnent le ténor dans une pulsation souple, le tout enrobé d’un kitsch pas trop dégoulinant. A un moment donné, Jonas Kaufmann fait même ses débuts de chef d’orchestre en dirigeant la Frühjahrsparade de Robert Stolz! Après l’ultime «Dein ist mein ganzes Herz» délivré à pleine puissance, il donne encore trois bis, salués pour finir par une standing ovation.