Comme toujours, les tournées de l’OSR se préparent à Genève en concert. Mais cette fois, ce n’est pas vraiment comme toujours. Car le nouveau chef Jonathan Nott, qui vient de prendre ses fonctions au début de ce mois, entame son mandat par un voyage musical dont il a hérité. Autant dire que ni lui, ni les musiciens, ne se connaissent suffisamment pour offrir un portrait musical intime de l’orchestre.

La pression est donc grande pour arriver à rassembler les énergies et trouver une identité commune en un temps record. A l’issue de la deuxième soirée préliminaire au Victoria Hall, une évidence s’impose pourtant: les musiciens ont retrouvé le bonheur d’une nouvelle direction après plus d’un an sans chef attitré.

Ce ne sont ni la 5e Symphonie ni le 4e Concerto pour piano de Beethoven (prévus en alternance dans les six villes ibères) qui ont occupé le programme genevois. Mais les œuvres de deux compositeurs autrichiens majeurs: Schubert et Mahler.

La 5e Symphonie du premier a démontré le sens de la souplesse mélodique d’un chef dont la force de conviction est le sourire. Accueillir, inviter, inciter: Jonathan Nott n’impose rien, ne force rien. Il soulève la grâce d’une main gauche sensible jusqu’au bout du petit doigt. Et insuffle l’énergie par l’électricité de ses bras et son engagement corporel très ancré vers l’avant.

On saisit aussi le soin porté au détail dans l’équilibre ou la mise en valeur des différents plans instrumentaux. Et l’importance d’une forme de confiance dans les pupitres, qu’il laisse s’exprimer sans les étouffer. Si quelques entrées et traits flottent encore un peu, le galbe est sensuel, l’élan vital, et la chair chante.

Ces qualités quasi chorales passent d’un pupitre à l’autre avec beaucoup de finesse. Bien installé entre Haydn, Mozart et Beethoven, son Schubert respire sereinement. L’approche musicale est plus esthétique que technique. Quant au discours, flexible et bien tenu dans une sorte d’harmonie bienheureuse, il manque parfois de relief, de césures ou de questionnements.

Mahler, lui, n’en manque pas. Le compositeur n’est pas un des favoris du chef pour rien. Son univers charnel et planant, ses couleurs éthérées et lumineuses, les mystères de ses mouvements souterrains, l’extase de ses répétitions et la puissance de ses éclats conviennent au plaisir musical de Jonathan Nott.

En disposant l’orchestre en formation allemande (1ers violons à gauche, 2es à droite, altos et violoncelles de face, contrebasses au fond, harpes à droite…) on comprend l’importance qu’il donne au rapport entre les pupitres et au rôle central des basses. Les musiciens jouent déjà naturellement dans cette configuration. Et retrouvent leur excellence dans une 1re Symphonie fervente et éblouissante.