Pour ses débuts officiels à l’OSR, le nouveau directeur musical et artistique Jonathan Nott a choisi le répertoire français qui colle à l’esprit «latin» de l’orchestre. Il a dirigé Ravel et Debussy, jeudi soir au Théâtre de Beaulieu à Lausanne, avant ses deux concerts ce week-end à Genève. Première remarque: les musiciens étaient disposés sur le plateau autrement que d’habitude, avec les premiers violons et seconds violons de part et d’autre du chef.

Dans la Rapsodie espagnole de Ravel, on admire la transparence des textures, la façon de graduer les nuances et la finesse du coloris, mais on aurait aimé un peu plus d’abandon et de sensualité. Les musiciens – est-ce parce que c’est le premier concert officiel? – ont l’air un peu sur la retenue. A leur décharge, ils doivent composer avec l’acoustique terriblement sèche du Théâtre de Beaulieu où l’on entend la moindre défaillance! Les textures irisées et diaphanes, le soin porté au détail, très fouillé (infiniment supérieur à la baguette très frustre d’un Neeme Järvi), ne suffisent pas à insuffler la féerie ravélienne. Bref, il faudrait que tout ça se détende un peu, ce qui pourrait avoir lieu à Genève.

Pierre-Laurent Aimard plus déclamatoire que poétique

Dans le Concerto en sol de Ravel, Pierre-Laurent Aimard offre une belle clarté des plans sonores. Il met en relief les rythmes percussifs du premier mouvement dans une conduite de la ligne un peu raide, sans les trésors de sonorités chatoyantes d’autres pianistes. Dans le mouvement lent, la main droite revêt un caractère plus déclamatoire que poétique (avec quelques accents rubatisés), avant l’arrivée des bois magnifiquement sensuels.

Le «Presto» final est rondement mené, virtuose, sans précipitation, quoique dépourvu de l’étincelle qui vous fait décoller de votre siège. Jonathan Nott accompagne le soliste avec précision et un grand sens de l’écoute. L’Etude pour les huit doigts de Debussy jouée en bis montre Pierre-Laurent Aimard sous son meilleur jour, avec un jeu extraordinairement clair et dessiné.

Un esthète au service de Debussy

Quant aux Images pour orchestre de Debussy jouées en seconde partie, on admire à nouveau le soin porté au détail et la façon d’organiser le discours. Certes, les accents pourraient être plus acérés dans «Par les rues et par les chemins» d’Iberia. Le volet suivant, «Les parfums de la nuit», paraît plus réussi, avec des subtils alliages de sonorités qui frémissent. En esthète, Jonathan Nott caractérise très bien les couleurs debussystes.

Il anime progressivement le discours dans l’ultime volet d’Iberia. Fin, très contrôlé, le chef anglais reste encore un peu neutre là où d’autres ont un rapport plus instinctif avec la poésie de Debussy. Nul doute que les concerts à suivre gagneront en chaleur et spontanéité.