Au Jorat, le glamour est dans le pré

Scène Le Théâtre du Jorat a dévoiléhier à Mézières sa nouvelle saison

En exclusivité suisse, un show Pixar

C’est le seul. Le Théâtre du Jorat est l’unique grand théâtre de Suisse romande (1000 places) dont l’équilibre budgétaire repose à 50% sur les recettes. En 2014, sur les 3 millions qu’a coûté le fonctionnement annuel de cette salle surnommée «la Grange sublime» en raison de sa construction en bois, un million a été couvert par les sponsors et mécènes, 500 000 francs par le canton de Vaud. La commune de Mézières a donné 35 000 francs, sur lesquels le théâtre a dû reverser 20 000 francs de taxes sur les divertissements. Un million et demi a donc reposé sur les billets d’entrée. Pourquoi cette entame d’article dure, chiffrée, alors que ce lieu mythique présente aujourd’hui son affiche 2015 dans laquelle figure, en exclusivité suisse, une production des studios Pixar? Parce que Michel Caspary, directeur depuis 2011, a cette difficile mission à chaque élaboration de saison: prendre des risques avec des créations ou des accueils ambitieux tout en garantissant une bonne fréquentation. Sinon, c’est la tasse.

Lors du dernier exercice, l’ex-journaliste de théâtre a dû faire un choix douloureux. Face au peu de billets vendus – 200 par soirée –, Michel Caspary a été contraint d’annuler les représentations d’Andromaque, tragédie de Racine dans laquelle jouait l’acteur français Denis Lavant. Créé à Genève, le spectacle avait reçu un accueil critique plus que réservé et le public du Jorat, informé, s’est découragé. «Ça a été mon premier grand traumatisme, mais nous n’avons pas eu le choix», explique le directeur. Qui, heureusement, a vécu de très beaux moments durant cette même saison, de mai à octobre. «L’accueil du Béjart Ballet Lausanne a été exceptionnel en termes d’émotion, de qualité et de fréquentation. Et cela malgré une tempête qui a occasionné deux coupures de courant lors d’une même représentation!»

Parmi les grands souvenirs de 2014, Michel Caspary cite aussi la création de l’humoriste Joseph Gorgoni qui tombait le masque de ­Marie-Thérèse Porchet (LT du 24.10.2014) ou encore les soirées de danse, que ce soit le Ballet de Zurich ou Le Poids des éponges, spectacle phare de Guilherme Botelho. «850 personnes venues applaudir de la danse contemporaine, c’est génial», salue le directeur. Qui relance le défi cette saison en accueillant début septembre En avant marche!, dernière création du chorégraphe flamand Alain Platel. «C’est un des artistes les plus puissants du moment et, comme ce spectacle traite des fanfares, le thème convient parfaitement à notre public issu des campagnes autant que des villes.»

Organisé en collaboration avec le Théâtre Vidy, cet accueil témoigne des synergies que le Jorat a tissées avec les institutions lausannoises et genevoises. Pour preuve, la présence de l’Orchestre de la Suisse romande en mai «avec une 5e Symphonie de Beethoven qui devrait régaler tous les habitants de Mézières!» Ou la venue du Geneva Camerata en juin, dont le chef, David Greilsammer, a «un talent particulier pour transmettre son amour musical».

Mais les deux rendez-vous phares de 2015 sont sans hésiter Disney-Pixar en concert et la comédie musicale Cabaret . Le premier est une exclusivité suisse. «Hollywood au Jorat», sourit Michel Caspary, qui mesure sa chance d’accueillir cette production insolite où les grands succès de Pixar sont réunis dans un montage cinématographique à raison de dix minutes par dessin animé tandis que le Sinfonietta de Lausanne joue en direct les musiques des films évoqués. «Une montagne d’émotions», assure le directeur. Quant à Cabaret, ce sera plutôt l’explosion. Trente danseurs, chanteurs et musiciens raconteront le destin de Sally Bowles rendu célèbre par le film de Bob Fosse dans lequel a brillé Liza Minelli. En juin, à Mézières, c’est China Moses, fille de Dee Dee Bridgewater, qui scintillera. Le glamour est dans le pré.

Théâtre du Jorat, de ma i à octobre, 021 903 07 55, www.theatredujorat.ch

Trente danseurs, chanteurs et musiciens raconteront le destin de Sally Bowles