Mélanie Chappuis est une écrivaine de l’intime, facilement portée sur la fragilité et la mélancolie? Tel un noceur clubber, José Lillo choisit de prendre le contre-pied de l’auteure et d’envoyer valser ses textes sous les sunlights du dance-floor. Du coup, ses «Femmes amoureuses» sont pétillantes, virevoltantes, sensuelles et joueuses. Ni griffées par le manque, ni déchirées par le désir déçu. Une telle option permet d’éviter tout pathos, mais, à force de bulles et de paillettes, elle ôte un peu de sa profondeur au propos.

Caroline, Céline, Patricia, Rachel et Alexandra. Les cinq comédiennes romandes qui dansent le texte de Mélanie Chappuis sont si belles et si proches qu’on a envie de les appeler par leur prénom, comme des copines. Pour cette party sans fin, le théâtre de l’Alchimic, à Genève, a été reconfiguré. Finie, la sage disposition scène-salle. Le public est assis autour de la piste rectangulaire et, au fond, Damien Schmocker, DJ de la soirée, passe des airs secoués ou sucrés. «Amore mio», susurre la chanson. Chancelante, pantelante, ivre d’amour, Patricia Mollet-Mercier, haut bleu pour bottines mandarine, ouvre le bal. «Je suis celle qui attend. Celle qui fait semblant. De partir, de s’intéresser au reste… Je ne suis plus au centre de ma vie. C’est lui maintenant!»

Céline comme Brel et sa Madeleine

Patricia sera souvent cette femme accro, mise entre parenthèses, maintenue en suspens. Mais pas autant que Céline Bolomey, magnifique dans son lamé pailleté, qui, au comble de l’effacement, se réjouit que son Roi ait trouvé sa Reine, même si ce n’est pas elle, et s’invente des rendez-vous imaginaires avec son ex, comme Jacques Brel avec sa Madeleine… Au moment du slow, le fameux supplice du slow, Céline restera d’ailleurs seule dans l’obscurité. Rien à voir avec Alexandra Tiedemann ou Caroline Cons, nettement plus coquines. La première, tout de rose vêtue, raconte en détail les joies du sexe, tandis que l’autre n’hésite pas à s’installer sur les genoux d’un spectateur pour se réjouir d’aller chercher chez des intermittents de passage de quoi raviver le plaisir avec son légitime. Et Rachel Gordy? En jupe fleurie, elle bondit sur la piste comme une punkette, dit que «non c’est non» et rêve de convertir un radical islamiste à l’amour amoureux…

Comment guérir d’un chagrin d’amour

On sourit souvent face à ces amoureuses, joyeuses même par mauvais temps. On rit quand Caroline prie tous les anges du ciel pour que l’élu donne de ses nouvelles. Quand Alexandra et Patricia, en fêtardes cuites d’alcool au réveillon, redoutent d’être cuites d’amour dans l’année. Quand les cinq drôles de dames, en rond telles les sorcières de Shakespeare, répètent la marche à suivre pour guérir un chagrin d’amour. Ou quand Alexandra jure d’arracher les yeux à la p… qui fait du rentre-dedans à son régulier. On rit, mais on soupire aussi un peu, parfois, faute d’une vraie rupture dans le ton.


Femmes amoureuses, du 3 au 8 septembre, au Pulloff, Pully.


Cet article est initialement paru le 12 janvier 2017.