C’est un salon bourgeois au tout début du XIXe siècle. Autour de la table longue, éclairés à la chandelle, des musiciens anglais déchiffrent une partition. Tout au bout, un violoniste noir. Une après-midi, en visite à la National Gallery de Londres, la chercheuse Galina Chester tombe sur ce petit tableau. Immédiatement, elle pense à son propre fils, Tunde Jegede, joueur de violoncelle et de kora, amoureux de Bach et des griots, enfant d’un Nigérian et d’une Britannique; elle songe à toutes ces voix tues qui ont dressé un pont culturel entre l’Afrique et l’Europe et elle décide d’écrire l’histoire du violoniste noir. Il s’appelait Joseph Antonio Emidy.

On appelle à Londres Tunde Jegede, né en 1972, compositeur funambule qui a fini par monter un spectacle sur le destin d’Emidy: «Je crois que ce qui a touché ma mère, c’est qu’il a fini sa vie dans les Cornouailles, là où je jouais du baroque avec mon grand-père quand j’étais enfant.»