Joshua Bell a beau avoir joué le Concerto pour violon en mi mineur de Mendelssohn depuis trente ans, il conserve une fraîcheur intacte dans ce bijou du romantisme. Il fallait entendre cette ardeur, cette grâce, vendredi soir au Victoria Hall de Genève. Le violoniste américain était accompagné par le Verbier Festival Chamber Orchestra qu’il dirigeait du premier violon dans la célèbre 7e Symphonie de Beethoven en seconde partie.

A 48 ans, Joshua Bell exerce à la fois une activité de violoniste et de chef. Depuis 2011, il est directeur musical de l’Academy of St Martin in the Fields, l’une des formations de chambre les plus cotées en Angleterre. En avant-goût, Regula Mühlemann (soliste suisse) chantait l’Exsultate, Jubilate de Mozart. Ce motet exige agilité vocale et éclat pour faire passer le frisson dans une page de musique sacrée. La soprano lucernoise possède un beau timbre et une bonne maîtrise technique de la pièce; toutes les vocalises sont fluides et impeccables. On souhaiterait toutefois plus de jubilation dans une interprétation qui demeure un peu sage.

Variété des climats

Joshua Bell quittait alors son poste de premier violon au sein de l’orchestre pour jouer le Concerto de Mendelssohn. Le soliste module la phrase, varie les climats, tour à tour léger, lyrique et ardent. La palette des inflexions, cette façon de passer de lignes suspendues à des accents plus douloureux sied admirablement à l’œuvre. Après un premier mouvement bien construit, il plonge dans les courbes mélodieuses du volet central avant d’empoigner le finale. Tout cela est fait avec goût, sans emphase, avec un excellent accompagnement du Verbier Festival Chamber Orchestra. Les cordes ont du nerf et la petite harmonie se distingue par de beaux solos.

Energie vitale

Après l’entracte, Joshua Bell reprenait sa place de premier violon solo pour la 7e Symphonie de Beethoven. Cette interprétation brille par son énergie vitale. Les tempi sont enlevés, les accents bien marqués, sans vouloir chercher à imiter les instruments d’époque. Le premier mouvement avance avec allant. Le fameux «Allegretto» ne traîne pas et, si l’effectif des cordes graves (quatre violoncelles, deux contrebasses) paraît un peu maigre au départ, la section des altos fait bien chanter le thème.

On pourra ergoter sur l’équilibre entre les différents pupitres, les deux cornistes (parfois pétaradants!) jouant fort, mais cette interprétation séduit par ses élans dionysiaques. Du reste les musiciens ont encore joué l’Ouverture des Noces de Figaro de Mozart en bis, avec cette même fougue juvénile.