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La ferveur du jeu de Joshua Bell ne tarit pas, mais elle peut parfois se faire trop fiévreuse.
© Eric Kabic

Classique

Joshua Bell, le violon à corps perdu

Le musicien a donné un récital genevois où la ferveur le disputait à quelques tics instrumentaux

A force d’avoir l’air adolescent, Joshua Bell finit par afficher une maturité plus assumée. La cinquantaine venue, sa juvénilité physique et l’intensité de son engagement ont pris de l’épaisseur, et son jeu s’est ancré.

Il y a, chez ce violoniste qui danse à corps perdu avec les sons, une ferveur qui ne tarit pas. Mais aussi une fièvre qui résonne de façon un peu systématique. Quitte à parfois sortir du cadre de l’intonation juste et de l’attaque précise.

Avec Mozart (Sonate KV 454, donnée de façon très beethovénienne), le lyrisme et une certaine emphase épaississent le trait alors que les couleurs carmines de son stradivarius Huberman l’approfondissent déjà naturellement vers des sonorités proches de l’alto.

Les aigus impalpables, la souplesse et la longueur d’archet demeurent. L’incessante tension dans une écoute et une relance animées avec le piano aussi. Mais les lignes se brouillent çà et là, le ton se fait parfois pleureur et les élans peuvent s’affaiblir.

Un accompagnateur… en soliste

L’élément qui ne joue pas en faveur du violoniste, c’est le jeu affirmé, chantourné et hyper romantique de Sam Haywood. Le pianiste britannique accompagne le soliste… en soliste. Couvercle grand ouvert, le maniérisme et l’extraversion de ses interventions écrasent souvent Joshua Bell au lieu de le soutenir et de le mettre en valeur avec discrétion.

Cette passion finit par devenir envahissante, après quelques irrégularités dans Mozart et une utilisation généreuse de la pédale. Surtout avec Richard Strauss (Sonate op.18), où les touches se font orchestre, poussant le violoniste à s’arc-bouter sur la puissance d’un piano débordant.

Ce n’est qu’avec la 1re Sonate de Gabriel Fauré que l’équilibre se dessine. Des trois œuvres du programme, c’est sans conteste la plus épanouie et la plus accomplie. Parce que libérée d’emportements lyriques appuyés. Le naturel mélodique reprend ses droits, déroulé avec souplesse et tendresse sur les lignes subtiles de la partition. Et la richesse harmonique se dégage sereinement, dans un rayonnement généreux et irisé que les deux partenaires déploient sur une belle liberté.

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