Joshua Weilerstein à la baguette de l’OCL

Classique La formation vaudoise a élu le jeune chef américain comme successeur de Christian Zacharias

Agé d’à peine 27 ans, il entamera son mandat en 2015-2016

Pour son nouveau directeur artistique, l’Orchestre de chambre de Lausanne fait le pari de la jeunesse. Né à Rochester, âgé de 27 ans, Josh­ua Weilerstein est l’un des chefs les plus prometteurs de la génération montante. Sa collaboration avec l’OCL est assez récente puisqu’il a dirigé son premier concert le 22 juin dernier, à la salle Métropole, à l’occasion d’un concert du dimanche où il s’est mesuré à la 2e Symphonie de Schumann, jugée «époustouflante» par Benoît Braescu, directeur exécutif de l’OCL.

Pour la plupart des musiciens qui découvraient alors cette jeune baguette new-yorkaise, ce fut une «alchimie». Le violoniste Edouard Jaccottet salue «l’intelligence», «la vitalité» et «le contact visuel» de Josh­ua Weilerstein, tandis que la violoncelliste Catherine Marie Tunnell exprime le sentiment d’une évolution au fur et à mesure du travail. «Il a changé de vitesse entre les répétitions et le concert. Comme il a donné encore plus au concert, nous avons eu envie de donner encore plus également.»

Joshua Weilerstein? Frère cadet de la violoncelliste Alisa Weilerstein (laquelle a fait l’ouverture du Septembre musical le 29 août dernier), ce chef au visage jovial et à la gestique claire et élégante succède à Christian Zacharias (2000-2013). La nomination était d’autant plus attendue que l’OCL mène sa deuxième saison sans chef titulaire. L’orchestre a préféré «donner du temps au temps» et attendre qu’une «rencontre» ait lieu, comme l’explique Benoît Braescu, sans vouloir se référer à une liste de critères froids.

Trop jeune, Joshua Weilerstein? «La jeunesse peut être un danger, admet le directeur exécutif de l’OCL, mais en même temps, Joshua Weilerstein a énormément de métier. Il a mis deux ans entre le moment où il a entamé un cursus de direction d’orchestre et celui où il a décroché le Premier Prix au Concours pour jeunes chefs d’orchestre de Malko, à Copenhague, en 2009.» Le nouveau venu a depuis été l’assistant d’Alan Gilbert au New York Philharmonic Orchestra (entre 2011 et 2014) et s’est frotté à plusieurs phalanges de renom, dont le London Philharmonic Orchestra, l’Orchestre symphonique Símon Bolivar et la Deutsche Kammerphilharmonie de Brême.

Né dans une famille de musiciens, Joshua Weilerstein – qui a d’abord été violoniste – ne pouvait qu’embrasser cette vocation. Mais sa passion du baseball et de l’écriture l’a longtemps tenu à l’écart de tout engagement sérieux dans la musique. Son père Donald Weilerstein fut pendant vingt ans le premier violon du Cleveland Quartet (de 1969 à 1989). Et sa mère, Vivian Hornik Weilerstein, joue du piano. Tous deux enseignent au plus haut niveau (le père ayant des élèves d’Itzhak Perlman à New York) et ils forment un trio avec leur fille Alisa, The Weilerstein Trio.

D’abord violoniste au sein de diverses formations (dont l’Orchestre symphonique Símon Bolivar), Josh­ua Weilerstein a étudié la direction d’orchestre auprès de Hugh Wolff, au New England Conservatory de Boston. Sitôt après avoir empoché son Premier Prix à Copenhague, il a fait ses débuts avec l’Orchestre symphonique de Göteborg. Puis il se perfectionne auprès de David Zinman, au Festival d’Aspen, et devient l’assistant d’Alan Gilbert, à New York.

La carrière de ce jeune chef américain est en plein essor. Il dirige des concerts d’abonnement du New York Philharmonic Orchestra. Il vient de faire ses débuts avec le Mah­ler Chamber Orchestra, à Ferrare. Autant dire un pari audacieux, comparable à celui qu’a pris l’Orchestre de la Tonhalle de Zurich avec le jeune chef français Lionel Bringuier, 28 ans.

Parmi les projets évoqués, des «concerts de formats différents», éventuellement «dans des lieux différents», afin de gagner de nouveaux publics et de s’implanter autrement dans la cité lausannoise. Etabli à New York, marié depuis fin août, Joshua Weilerstein entend apprendre le français afin de s’adresser lui-même au public lors de concerts. Il entamera son mandat en 2015-2016 pour une durée de quatre saisons.

«Il a changé de vitesse entre les répétitions et le concert, se donnant alors encore plus»