Classique

Joshua Weilerstein et sa sœur violoncelliste unis musicalement

Le chef new-yorkais a accompagné Alisa Weilerstein dans le «2e Concerto pour violoncelle» de Chostakovitch à Lausanne. La «4e Symphonie» de Mendelssohn à la tête de l’OCL était pareillement réussie

Joshua Weilerstein est un communicant-né. Le jeune chef américain était en concert lundi et mardi soir à la Salle Métropole de Lausanne. A 31 ans, il imprime un style de direction artistique qui tranche avec ses prédécesseurs à la tête de l’Orchestre de chambre de Lausanne. Au début de chaque concert, il présente le programme au public dans un français qui ne cesse de s’améliorer. Ce soir-là, il reprenait la parole à la fin du concert pour faire une sorte d’«action publicitaire». Excessif? Certes, on frôle le marketing intrusif, mais on voit bien que Weilerstein cherche à populariser l’orchestre au mieux.

Son programme était articulé en deux volets: «la mort» en première partie, la «joie de vivre» en seconde. Ecrit en 1996 en hommage à Astor Piazzolla, Last Round de l’Argentin Osvaldo Golijov conjugue énergie et lyrisme. Cette pièce à la scénographie originale oppose deux orchestres à cordes face à face sur le plateau. On y sent l’influence de Piazzolla, avec un premier mouvement toujours plus animé, «Movido, urgente», qui convoque l’univers du tango. Le deuxième mouvement se veut plus romantique, porté par des bouffées de lyrisme destinées à faire chavirer le public.

Danse macabre

Avec le 2e Concerto pour violoncelle de Chostakovitch, on entre dans un univers beaucoup plus sombre teinté d’amertume et d’ironie. Alisa Weilerstein, la sœur aînée du chef, est une violoncelliste passionnée. Le dialogue à mi-voix avec l’orchestre (après une ligne rampante au violoncelle) se transforme bientôt en confrontation. Soudain, on entend des coups de grosse caisse pareils à des coups de matraque! Le deuxième mouvement est une sorte de danse macabre aux accents populaires. Alisa Weilerstein en cerne tout le sarcasme. Il est d’ailleurs beau de voir le chef d’orchestre et sa sœur aînée si unis musicalement. Le finale se termine sur un cliquetis de percussion lointain et mécanique. Acclamée, Alisa Weilerstein a joué la «Sarabande» de la 4e Suite pour violoncelle de Bach en bis. Tempo étiré, inflexions subtiles: le temps musical semble s’arrêter.

Fougue et enthousiasme

La 4e Symphonie «Italienne» de Mendelssohn offrait un contraste absolu en seconde partie. Joshua Weilerstein y fait jouer les musiciens debout; seuls les violoncellistes restent assis sur des chaises. Elégance, verve, énergie: l’interprétation respire la santé et l’énergie. Ayant été lui-même violoniste, le chef américain façonne avec goût les phrases aux cordes. L’«Andante con moto» est modelé avec finesse, truffé d’inflexions lumineuses, tandis que le «Saltarello» regorge de fougue. Les musiciens jouent avec un enthousiasme communicatif à l’image de leur chef.

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