Dans trois semaines, alors que le soleil de juillet sera une invitation à la dolce vita et aux vodka martinis en terrasse, le 74e Festival de Cannes, exceptionnellement déplacé pour cause d’invité non désiré, marquera le retour aux choses sérieuses de l’industrie cinématographique. Chaque soir, la légendaire montée des marches qui précède les projections du Grand Théâtre Lumière verra son lot de cinéastes, d’acteurs et actrices célébrer la magie du grand écran retrouvé. Et, surprise, entre les stars internationales et les talents en devenir du cinéma d’auteur, on y verra Josiane Balasko.

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Peu habituée des grands festivals, la Parisienne viendra présenter Tralala, le nouveau long métrage des facétieux Arnaud et Jean-Marie Larrieu, annoncé comme un mélange de burlesque et de comédie musicale. «Un film magique», s’enthousiasme-t-elle lorsqu’on lui parle de l’univers à part des deux frères. Passée par Lausanne défendre Un Tour chez ma fille, qui la voit reprend le personnage qu’elle interprétait il y a cinq ans dans Retour chez ma mère, elle ne savait pas encore, ce jour-là, que Tralala aurait les honneurs de la Croisette, à l’enseigne des Séances de minuit.

«Gazon» éternel

«J’ai vu le film et je suis épatée! C’était tellement agréable de travailler avec les Larrieu, j’avais l’impression d’être en famille. Et c’est ce que j’aime lorsque je rencontre un nouveau metteur en scène.» L’esprit de famille, Josiane Balasko le cultive depuis ses débuts au sein du Splendid, ce collectif de rigolos à qui l’on doit plusieurs classiques de la comédie populaire française. «J’aime former une équipe, ne pas me sentir seule, et c’est en effet l’esprit du Splendid, admet-elle. Truffaut disait qu’un film, c’est comme un grand bateau qu’il faut aider à traverser la mer, et ça, on ne peut le faire que tous ensemble. Le metteur en scène est comme un chef d’orchestre qui doit faire en sorte que tout fonctionne.»

Cheffe d’orchestre, Josiane Balasko l’a été sur huit longs métrages, de Sac de nœuds (1985) à Demi-Sœur (2013). Mais c’est avant tout de l’excellent Gazon maudit (1995), dans lequel elle draguait Victoria Abril face à un Alain Chabat incrédule et vénère, qu’on se souvient. «Ah! oui, Gazon, c’est vraiment le plus réussi de mes films. De temps en temps, je retombe dessus parce qu’il passe régulièrement à la télévision: il n’a pas vieilli. Des gens me le disent d’ailleurs régulièrement. Même s’il se déroule il y a 25 ans, les sentiments et les situations sont toujours modernes, et j’en suis plutôt fière.»

Réaliser un neuvième film, elle n’y pense par contre pas, «parce que c’est trop long et trop fatigant». Et surtout parce qu’on ne cesse depuis plusieurs années de lui proposer des rôles intéressants. «Quand j’ai commencé à faire des films, c’était aussi pour que je puisse jouer des personnages qu’on ne me proposait pas. Le rôle de Gazon, personne n’aurait osé me le donner!»

Dans Un Tour chez ma fille, en salle ce mercredi, elle redevient Jacqueline, fringante mais encombrante septuagénaire. Si dans Retour chez ma mère elle accueillait chez elle une de ses deux filles, c’est aujourd’hui à son tour de s’incruster chez la seconde. «Cinq ans se sont écoulés et le personnage a évolué, dit-elle. Jacqueline est plus libérée, elle a une vie amoureuse satisfaisante, elle rencontre des gens… Par contre, elle est aussi plus pénible, plus envahissante… plus chiante, quoi.»

Dans le dossier de presse du film, le réalisateur Eric Lavaine explique que «ce rôle de maman qui sait ce qu’elle veut est assez proche de ce qu’elle est dans la vie». Josiane Balasko se marre: «Je vais vous dire la vérité sur Eric: c’est le roi des menteurs! Pour écrire, il s’est en partie inspiré de sa propre mère, en tout cas pour le côté technologique très mal assimilé. Moi, je ne suis pas du tout intrusive avec mes enfants. S’il m’arrive d’être chiante, ce n’est pas de la même manière que Jacqueline, pas en m’incrustant.»

Personnage moderne

A l’instar de Retour chez ma mère, le film repose sur le comique de situation et notamment une série de malentendus. Alors que ses enfants pensaient il y a cinq que Jacqueline était atteinte d’alzheimer, son beau-fils la prend cette fois pour une libertine tendance échangiste… «Il y a finalement dans Un Tour chez ma mère quelque chose de moderne, estime Josiane Balasko. Ce n’est pas une jeune fille qui en est l’héroïne, mais une septuagénaire… qui a apparemment une vie sexuelle plus intéressante que celle de sa fille! Proposer à des hommes des personnages de 60 ou 70 ans qui ont encore une vie amoureuse, ça ne pose de problème à personne, alors que pour les femmes c’est encore très rare.»

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La Française est de ces actrices qui font partie de l’imaginaire collectif. Parce qu’elle a été Nathalie dans les trois Bronzés (1978-1979, 2006) ou Madame Musquin dans Le Père Noël est une ordure (1982) – «mais ces rôles sont loin, très loin», soupire-t-elle. Elle cite aussi volontiers Nuit d’ivresse (1986), avouant que pendant longtemps, on lui a demandé régulièrement de faire la majorette. «J’aime jouer, conclut-elle. Vous savez, quand les enfants jouent, ils le font intensément et très sérieusement, ils sont dans leur truc… Eh bien le cinéma, c’est la même chose.»


Profil

1950 Naissance à Paris de Josiane Balašković.

1978 «Les Bronzés», de Patrice Leconte.

1990 «Trop belle pour toi», de Bertrand Blier, première nomination au César de la meilleure actrice.

1995 «Gazon maudit», le quatrième de ses huit films comme réalisatrice.

2021 «Un Tour chez ma fille», d’Eric Lavaine; «Tralala», des frères Larrieu.


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