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Essai littéraire

Josyane Savigneau raconte ses rencontres avec Philip Roth

La critique littéraire peut se targuer d’un vrai compagnonage journalistique avec l’écrivain américain depuis leur premier face-à-face – orageux et glaçant – en 1992

Josyane Savigneau

en compagnonnage avec Philip Roth

Genre: Essai littéraire
Qui ? Josyane Savigneau
Titre: Avec Philip Roth
Chez qui ? Gallimard, 222 p.

L’automne 2012, Philip Roth annonçait qu’il quittait la scène et que Némésis serait la dernière pierre d’un monument qui est le plus impressionnant – et le plus visité – des lettres américaines de la seconde moitié du XXe siècle.

Mais cet adieu à l’écriture n’en est pas vraiment un car les romans de Roth, eux, restent merveilleusement vivants. Parce que, depuis le sulfureux Portnoy et son complexe, ils nous invitent à bousculer préjugés et certitudes, au fil d’une aventure intellectuelle qui questionne notre temps avec une ironie dévastatrice.

Compagnonnage

De ce parcours, Josyane Savigneau – ex-directrice du Monde des livres – retrace les étapes en deux cents pages lumineuses qui, au-delà de l’analyse littéraire, témoignent d’un véritable compagnonnage «avec» Roth. Tout à la fois un exercice d’admiration, une expérience de lecture et le compte rendu des rencontres qui, depuis deux décennies, ont donné lieu à de nombreuses interviews, dans l’appartement new-yorkais du romancier ou dans sa maison du Connecticut.

«Cette voix que j’ai eu le privilège d’entendre – ironique ou didactique, mordante ou patiente, vitupérante ou, de rares fois, imperceptiblement fêlée par l’émotion d’un souvenir –, j’ai tout simplement voulu la restituer», écrit Josyane Savigneau avant de raconter dans quel état d’esprit elle a d’abord découvert Portnoy et son complexe, éblouie par «une totale liberté de tout dire, un humour tellement ravageur qu’il peut aiguiser la haine».

C’est en 1992 qu’elle rencontra Roth pour la première fois, un face-à-face orageux et «réfrigérant» qui n’empêcha pas la journaliste de persister et de revenir régulièrement titiller le Diogène américain. Son portrait remonte à ses années de formation et suit le développement de sa pensée – une pensée qui rêve et s’engage dans le même élan –, avec une série de gros plans sur ses romans les plus marquants. Opération Shylock, par exemple, un «chef-d’œuvre absolu» aux yeux de Josyane Savigneau, parce qu’il pousse à son paroxysme la réflexion sur l’identité. Ou La Tache, le roman le plus complexe, le plus accusateur – la cible, le politiquement correct à l’américaine – et «le plus riche de personnages comme Roth sait les imaginer.»

Jouvences de l’imaginaire

Autre chapitre important, celui où Josyane Savigneau fait un parallèle entre l’itinéraire de l’écrivain et le destin de son pays, après avoir évoqué les grands thèmes d’une œuvre qui, de façon toujours visionnaire, interroge la création littéraire, la politique, la religion, le pouvoir, la mort, la guerre, le désir et le sexe, sans jamais cesser de débusquer les démons qui menacent notre liberté et notre intimité dans un monde de plus en plus inquisiteur: un parcours exemplaire, où l’écriture fut un outil de compréhension mais également une sorte de rédemption personnelle.

Pour opposer les jouvences de l’imagination aux dérives de notre temps.

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