Le 5septembre 1972 est l'une de ces dates qui ont forgé le Proche-Orient actuel, et l'imaginaire de ceux qui y vivent. Pour les Israéliens, le massacre de leurs athlètes, devant les caméras du monde entier, a été davantage qu'une souffrance. La preuve que, pour assurer leur survie, ils ne pouvaient compter que sur eux-mêmes. Le carnage, sur sol allemand, a fait ressurgir un passé insupportable. Et le fait que les Jeux n'aient pas été arrêtés par la suite n'a fait que les conforter dans leur idée: parmi les délégations de sportifs mondiaux, partageant en survêtement un même village olympique et une même vulnérabilité, les Israéliens étaient destinés à occuper à tout jamais une place à part.

Il ne fait aujourd'hui pas de doute que derrière l'organisation «Septembre noir», c'était bien le Fatah palestinien et son chef, Yasser Arafat, qui tenaient les kalachnikovs et les grenades. Comme il est totalement établi que ce furent les services secrets israéliens qui se chargèrent, par la suite, de rendre justice en assassinant deux des trois survivants du commando terroriste. Arafat lui-même n'échappa plus tard à la vengeance du Mossad que par l'un de ces concours de circonstances dont il est devenu coutumier tout au long de ses années d'exil: en entendant quelques mots d'hébreu, l'un de ses proches le fit sortir d'un bâtiment avant qu'il ne vole en morceaux.

Près de trois décennies plus tard, le Proche-Orient semble avoir renoué avec ces vieilles règles du jeu, et certains de ses acteurs avec leur ancien comportement.

L'Etat israélien a le sentiment d'être à nouveau seul et incompris face aux dangers soulevés par l'Intifada palestinienne. Alors que ses ennemis d'antan étaient fugitivement devenus des «partenaires de paix», il se charge pourtant à nouveau de les «éliminer» (au moins quinze assassinats politiques ces dernières semaines) maniant une ambiguïté toute calculée, entre envie de clamer son invincibilité et souci de montrer que ses ennemis sont les seuls à ne pas respecter le droit. Quant à Yasser Arafat, dirigeant toujours son Fatah derrière les vitrines de l'Autorité palestinienne, il a de moins en moins besoin de donner son aval à la formation de commandos terroristes pour commettre des attentats. Désormais, de simples conducteurs d'autobus suffisent.