CINEMA

«Le Journal de Bridget Jones» ne serait rien sans Renée Zellweger et ses poignées d'amour

Un film rigolo est-il pour autant une œuvre de cinéma? Avec l'adaptationdu best-seller d'Helen Fielding, les millions de spectateurs égalent les réticences de la critique

Depuis la sortie du Journal de Bridget Jones aux Etats-Unis et en Angleterre, l'actrice Renée Zellweger, 32 ans, fait des merveilles: plus de 200 millions de dollars de recettes à travers le monde. Cette chronique d'un succès annoncé s'appuyait sur un marketing de la surcharge pondérale: les tonnes d'exemplaires du best-seller signé Helen Fielding additionnées aux kilos amassés par Renée Zellweger pour tenir le rôle. Sans compter les répercussions dans la presse internationale qui ont contribué à transformer le coup commercial (ce Journal était, à l'origine, une chronique commandée à Helen Fielding, sur un sujet imposé, par le quotidien anglais The Independent) en phénomène de société.

Faut-il revenir sur l'argument de Bridget Jones? Il est des plus succincts. Conte de fée moderne en forme de journal intime, il croque la valse-hésitation amoureuse d'une trentenaire célibataire qui pense que tout le monde est heureux sauf elle. Elle et ses kilos en trop. Elle et son désir de trouver l'homme idéal. Égocentrique, boulimique, victime de troubles obsessionnels compulsifs (TOC) et d'un complexe d'infériorité, Bridget renvoie à des millions de lectrices (eurs) et, aujourd'hui, de spectatrices (eurs) une image assez proche de celle évoquée par l'autre fille vedette du cinéma en 2001: Amélie Poulain.

Du fabuleux destin d'Amélie à celui de Bridget, le cousinage concerne, pour l'une comme pour l'autre, une recherche maladive du bonheur et un message d'espoir: tout être humain trouve, avant le générique de fin, quelqu'un prêt à l'aimer comme il est. Sur le fond, l'Anglaise d'Helen Fielding est bel et bien la grande sœur de la petite Française de Jean-Pierre Jeunet. Sur la forme, pourtant, elles n'ont rien à voir. Pour une fois, comparaison est raison: le rapprochement permet de comprendre ce qui différencie une œuvre de cinéma d'un gentil film, et un véritable auteur d'un simple exécutant, élément d'appréciation qui explique souvent les déchirures entre public et critique. Pour Jeunet, l'histoire d'Amélie est surtout l'occasion d'inventer une esthétique personnelle. De fait, son ouvrage est reconnaissable entre mille.

Qu'en est-il du Journal de Bridget Jones? La réalisatrice débutante Sharon Maguire montre-t-elle une griffe personnelle, une originalité qui prouverait qu'elle s'empare du cinéma et en bouscule les formes comme Jeunet? Malheureusement non. Bridget Jones est un ouvrage sans style, sinon celui de la maison britannique Working Title déjà productrice de Quatre Mariages et un enterrement dont elle a manifestement tenté de rééditer la formule comme on aligne les barquettes de surgelé: même emballage visuel (pastel) et musical (tubes romantiques et violons), pour une intrigue assez proche. Même la construction séquencée du roman originel, avec son accumulation compulsive de listes en tous genres (nombre de cigarettes ou de calories par jour), disparaît.

Reste Renée Zellweger avancée par la campagne publicitaire comme l'équivalent féminin de Robert De Niro il y a vingt ans, lorsqu'il prit 25 kilos pour jouer Raging Bull de Martin Scorsese. Renée annonce 12,5 kg bien tassés, mais sa performance comique dépasse le sacrifice physique du double menton: parfaite à se prendre les pieds dans le décor, elle est la poignée d'amour, la bouée de sauvetage du film. Un vrai tempérament comique qui mérite un film plus inventif.

Le Journal de Bridget Jones (Bridget Jones's Diary), de Sharon Maguire (F/GB/USA, 2001), avec Renée Zellweger, Colin Firth, Hugh Grant.

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