Journal. Grisélidis Réal.Suis-je encore vivante? Journal de prison. Verticales, 201 p.

«Ces lignes seront-elles lues un jour? Je ne sais. Je suis en prison.» Grisélidis Réal écrit cela en 1963, elle a 34 ans. Internée à la prison pour femmes de Munich, elle y restera cinq mois et tiendra quotidiennement son journal. C'est ce texte qui vient d'être retrouvé par ses quatre enfants parmi les papiers de leur mère décédée le 31 mai 2005.

En 1963, Grisélidis Réal n'est pas encore devenue la meneuse inspirée et inspirante de la «révolution des prostituées» qui bat le pavé dans les années 1970 à Paris puis à Genève. Militante et poète, grande gueule et écrivain, Grisélidis Réal mêlera toujours dans ses récits autobiographiques la flamme et l'engagement.

En 1963 donc, elle n'a pas encore écrit l'inaugural Le noir est une couleur (Balland, 1974). Mais sa vie a déjà l'étoffe d'un roman. Mariée à 20 ans, divorcée six ans plus tard, mère de deux enfants, elle part pour l'Allemagne avec son nouveau compagnon. Sans papiers ni permis, elle ne peut travailler. Elle fait le choix de la prostitution dans un bordel clandestin de Munich. Elle trafique un peu aussi. Du kif de Tanger, de la marijuana. Vendue par un comparse, elle fera cinq mois de préventive à la prison pour femmes de Munich.

Elle a une patte immédiate, Grisélidis Réal, dans ses descriptions de l'enfermement physique et mental. Dans le récit simple des heures qui ne passent pas. Dans la gestion de la faim qui nécessite un découpage millimétré des maigres pitances distribuées dans des écuelles.

Et il y a la peinture qui l'habite entièrement. Sa soif de vie qu'elle vole par bouffées en escaladant un petit meuble pour guigner par la lucarne de sa cellule. Elle est vivante, bien vivante, Grisélidis.