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Chaque intervention, comme celle de Violette Lazard, journaliste freelance, met en scène le réel et livre de vraies informations. 
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Médias

Les journalistes font leur entrée au théâtre

Sans papier ni écran, le «Live Magazine» raconte l'actualité sur scène et sans filet. Anticonformiste et décalée, la formule venue des Etats-Unis séduit en France

Le direct, le vrai. Ou quand le magazine s’invite au théâtre pour raconter l’actualité sans filet. Sur scène, les journalistes racontent histoires et anecdotes avec leurs tripes. Un projet osé, aux antipodes de la tendance ultra-connectée où tout se filme, s’enregistre et se partage. Venu des Etats-Unis, le concept essaime en Europe où il connaît un joli succès. Dans un paysage médiatique en quête de renouvellement, le «Live Magazine», lancé en 2014 en France, fait figure d’ovni envoûtant.

A l’origine de ce «journal vivant sans papier ni écran», la réalisatrice française Florence Martin-Kessler qui s'est inspirée du modèle américain «Pop-Up Magazine», créé par Douglas McGray. Mettre en scène le réel, la documentariste connaît bien. Transmettre une information aussi. Mariant les deux, l’exercice tient de la performance. «L’idée est incroyable, simple et évidente», confiait récemment la jeune femme au Monde. Depuis 2014, les représentations se sont enchaînées dans les théâtres parisiens et quelque 140 «auteurs» et «acteurs» se sont déjà lancés. Des journalistes et des chroniqueurs mais aussi des dessinateurs, des documentaristes ou encore des photographes.

A contre-courant

A l’heure des réseaux sociaux et des contenus interactifs, l’innovation pousse la presse à se réinventer. A défaut de choisir entre Web et print, Florence Martin-Kessler a décidé de miser sur l’humain. L’être humain dans toute sa gêne, sa spontanéité, ses compétences, mais aussi ses ratés. Au règne de l’éphémère, le ton, la posture, la personnalité deviennent une plus-value. A prouver en cinq à dix minutes - temps maximal d'un passage sur scène.

En se revendiquant anticonformiste, le «Live Magazine» a-t-il tendance à privilégier des sujets non conventionnels? Le socle reste l’actualité - nationale ou internationale, politique ou people - mais aussi l’économie, la culture et les sports. Un sommaire de rubriques banal somme toute. Sauf que l’idée est d'adapter cette base, de l’interpréter pour lui donner une coloration unique. Comme dans le storytelling ou le journaliste cherche à garnir ses paragraphes de chair. Et comme dans un magazine traditionnel, Florence Martin-Kessler et ses collaborateurs tiennent un éditorial en début de séance. Et aucune représentation ne ressemble à l’autre.

Réinventer la presse

Chez les journalistes, on oscille entre excitation et réticence. En particulier dans la presse écrite. De l’univers confiné d’une rédaction à la scène éclaboussée de lumière, il y a un fossé. Sans filet, pas de seconde chance. D’autant plus que le public vient s’ajouter à la pression du direct. Plus moyen de se cacher derrière la rubrique «courrier des lecteurs», les réactions se vivent en simultané. De fait, la consommation de l’information se trouve elle aussi bousculée. Plus moyen d’archiver un podcast ou d’accumuler un tas pour de feuillets imprimés pour les relire plus tard. Sur scène, c’est l’insaisissable que le public recherche, l’émotion suscitée par un regard plutôt que par un alignement d’émoticones grimaçantes et leur gif assorti.

Exit donc, les critères formels du papier. Les répétitions, poncifs et autres formules à l’emporte-pièce n’ont plus trop d’importance. «On est l’antithèse des conférences TEDx avec leur efficacité à l’américaine, confiait récemment au Nouvel Obs, Yves Heck, coach au Live Magazine. Nous ne cherchons pas la perfection: ce n’est pas grave si un auteur bafouille un peu, c’est même émouvant.» Au lever de rideau, le shot d’adrénaline est immédiat. Et les «acteurs en herbe» en redemandent. «Il n’y a pas de petites et de grandes histoires, il n’y a que des milliers de manières de les raconter», lâchait encore galvanisé, un journaliste à Libération, juste après son passage sur scène. A quand la même expérience en Suisse?


A voir

www.livemagazine.fr

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