L'ONU a déclaré le 8 mars Journée internationale de la femme. Les féministes préfèrent le pluriel de diversité. Le titre de l'exposition vernie lundi à Carouge joue l'ambiguïté: Femme(s). La manifestation, mise sur pied par Art for the World, sous la houlette d'Adelina von Fürstenberg, connaîtra d'autres versions à Florence et à Bruxelles. Pour l'instant, c'est donc dans le modeste Musée de Carouge qu'elle prend son envol, mais elle s'inscrit aussi dans d'autres lieux et sur les places publiques, afin de concerner un large public. Le patchwork formé par les œuvres, souvent très récentes, d'une quarantaine d'artistes donne une vision complexe de la thématique, plus poétique que militante.

Sur la place de Sardaigne, un immense panneau montre deux visages de fillettes. Le même visage en fait, saisi à moins d'une seconde d'intervalle avec une caméra 16 mm. En regardant un peu plus attentivement, on voit une note d'inquiétude dans le regard se dessiner dans le cliché de droite. Le sourire paraît un peu moins franc. Marie José Burki montre ainsi le temps qui passe, l'enfance qui s'en va. Si vite.

En face, c'est le musée, avec d'autres œuvres dans la cour et les environs (Hervé Graumann, Zilla Leuteneger, Malakeh Nayiny…) mais surtout un bel ensemble à l'intérieur. Cette photographie du Français Bruno Serralongue d'abord, qui accueille le visiteur avec une forte charge sociale. Appartenant à sa série «Groupes de travail», elle montre des femmes – et un homme – posant très sérieusement dans leur atelier, à Jinan, en Chine. Pourrait lui faire face dans un chassé-croisé étonnant la sculpture de l'artiste chinois Wang Du, qui représente une femme exhibant ses seins avec jubilation. Mais on trouve cette œuvre, baptisée Paysage international, dans la salle voisine, tout près d'un magnifique triptyque du Camerounais Barthélemy Toguo. Ces dessins aquarellés offrent une vision quasi végétale d'une féminité à la fois fertile et douloureuse (de petits clous sont plantés dans le corps de la femme).

Au musée toujours, on confrontera Les Mariés de Gheda Amer, broderies sur peinture acrylique, travail émouvant sur le lien matrimonial et sa fragilité, avec Stupro (Viol), une œuvre presque angoissante composée d'un tapis de savons de Marseille. L'artiste, Elisabetta Di Maggio, a simplement inscrit sur les blocs de savons le nom des liquides corporels que cet acte criminel fait couler. Beaucoup de portraits aussi dans cette exposition, signés Nan Goldin, Araki ou encore Jitka Hanzlova. A l'église Sainte-Croix, on fera une pause mystique devant l'œuvre de Marco Bagnoli, projection anamorphique d'une sculpture inspirée de la phrase de Jésus ressuscité à Marie-Madeleine: «Noli me tangere». Et au Flux Laboratory, on prendra du temps pour écouter les histoires suscitées par Fabianna de Barros et Michel Favre auprès des passagers d'un taxi de São Paulo, redonnées grâce à une installation vidéo. Ainsi que pour les témoignages recueillis par Marco Bagnoli auprès de pensionnaires d'une maison de retraite milanaise. L'installation de l'artiste, mêlant vidéos, citations à la craie sur les murs, portraits sur les sets de table et les dessous de verre, rend un bel hommage à ces femmes.

Ces expositions sont encore complétées par un programme de vidéos d'art et de films visibles au cinéma Bio 72 jusqu'au 15 mars. Avec notamment un documentaire iranien sur l'hypocrisie des rapports amoureux et sexuels dans un pays pris dans les carcans de la tradition (Tabous, de Mitra Farahani).

Femme(s). Musée de Carouge (pl. de Sardaigne 2) et autres lieux de Carouge (rens. tél. 022/789 15 57). Ma-di 14-18 h. Jusqu'au 27 mars.