Genre: DVD
Qui ? Jean-Paul Lilienfeld (2009)
Titre: La Journée de la jupe
Bande originale: française (DD 5.1).
Chez qui ? Arte Vidéo

Le moins que l’on puisse dire est que le film a divisé les esprits. Montré en mars sur Arte, qui l’a produit, puis en salle en France, La Journée de la jupe raconte le dérapage de Sonia Bergerac (Isabelle Adjani), enseignante dans un lycée de banlieue. Déjà poussée à bout par la difficulté à assumer son rôle face à ces ados étiquetés difficiles – et ils le sont –, elle découvre ce jour-là un revolver dans le sac de l’un d’eux, et c’est le drame: la prof prend sa classe en otage.

Crise des quartiers défavorisés, violence verbale voire physique des ados, perte de repères dans l’enseignement: l’auteur et réalisateur, Jean-Paul Lilienfeld, établissait déjà un projet sans concession. Le résultat ne manque pas de maladresses, dues de toute évidence au rythme de tournage d’un téléfilm. La direction d’acteur en souffre, et le propos se perd un peu dans les négociations de l’enseignante avec le policier chargé de trouver une issue (Denis Podalydès). Le huis clos aurait été préférable, d’autant qu’Isabelle Adjani, une fois encore, bouleverse à chaque plan par son implication dans le rôle. Qu’elle récite la vie de Molière le revolver à la main, ou qu’elle perde pied face à l’énormité de la situation.

Le débat trouve son origine dans le choix de l’auteur, qui refuse toute empathie avec les jeunes protagonistes, même s’il ne force pas le trait d’entrée de jeu. On conçoit qu’à gauche certains ont pu fustiger une telle fiction, jugée de droite – ce qui n’est sans doute pas faux, mais caricatural. L’auteur, pour sa part, a refusé toute connotation de son scénario, «ni de gauche, ni de droite». Parmi ses doléances, lancées dans l’urgence de son vertige, Sonia Bergerac demande l’instauration d’une journée pendant laquelle les enseignantes pourront mettre une jupe «sans être traitées de putes par leurs élèves». On lui rétorque que les femmes ont mis des décennies à pouvoir porter le pantalon…

Tout le malaise révélé par le téléfilm est là. Il était bien résumé sur France Inter, qui s’est fendue, le 23 mars, d’un débat original. Bernard Guetta, le chroniqueur de l’actualité internationale – invité chaque samedi dans Le Temps –, y salue «un scénario tout simplement formidable. Il y a tous les problèmes que l’on peut rencontrer aujourd’hui, la délinquance, les rapports des garçons et des filles, la mauvaise interprétation identitaire, revendicatrice et complètement stupide, d’un islam que les jeunes ne connaissent absolument pas…» «Ce n’est pas l’objet du cinéma», rétorque Eva Bettan, la critique cinéma de la radio publique: «Un film n’est pas un beau scénario bien ficelé. On pose un dispositif, et c’est ainsi que naît la réflexion. Ici, on me dit tout. A mettre trop de scénario, on réduit à des archétypes», attaquait-elle, rappelant la nature de téléfilm de La Journée de la jupe.

Les responsables d’Arte doivent se frotter les mains. Eux qui, du côté français, tentent d’infléchir la production de fictions de la chaîne vers davantage d’audace ont proposé une œuvre qui se révèle dérangeante sans être racoleuse. L’opération est réussie.