Cinéma

Les Journées de Soleure célèbrent la femme

Le festival s’ouvre en beauté avec «Die Göttliche Ordnung», consacré au combat pour le droit de vote des femmes suisses. Une magnifique soirée harmonisant l'art et la politique

L’hiver frappe sans pitié et Donald Trump s’apprête à devenir président des Etats-Unis. Le monde a une sale gueule en ce soir de janvier. Sauf dans la Reithalle où la cérémonie d’ouverture des 52es Journées de Soleure se mue en célébration de la plus noble moitié de l’humanité: la femme. Avant la projection de Die Göttliche Ordnung (l’«ordre divin»), de Petra Volpe, une comédie retraçant l’obtention du droit de vote pour les femmes en Suisse, Christine Beerli, Seraina Rohrer directrice artistique, et Simonetta Sommaruga, conseillère fédérale se sont succédé sur scène. Elles ont toutes prononcé des discours qui font croire à un monde meilleur où la solidarité reprendrait ses droits.

La première, qui vit sa douzième et dernière édition en tant que présidente de la Société des Journées de Soleure, s’est sentie en deux occasions l’année dernière telle Alice égarée dans un monde qui était «encore différent la veille au soir et n’aurait pas pu être plus étranger à présent»: lors du Brexit et lors de l’élection américaine. Elle est convaincue que voir des films et lire des livres est plus nécessaire que jamais pour se soucier des histoires qui arrivent aux autres, pour sortir de sa bulle et éviter des campagnes politiques «qui ne font qui diviser, démolir les ponts et nous entraîner finalement vers l’abîme».

Pied sur la lune

Elfique dans sa tunique bleu turquoise, la seconde ironise sur l’inconfort des spectateurs qui peuvent se sentir à l’étroit sur leur chaise dure. Et rappelle que le mot «étroitesse» concerne aussi un état d’esprit qu’il faut combattre. Alors elle s’incline «devant les femmes et les hommes qui ont revendiqué ce qui est aujourd’hui une évidence. Grâce à eux les femmes font des films, les femmes écrivent des histoires. Nous leur sommes aujourd’hui redevables de pouvoir ouvrir le festival avec Die Göttliche Ordnung. Sans eux, Petra Volpe serait actuellement devant ses fourneaux», lance Seraina Rohrer

Quant à la cheffe du Département fédéral de justice et police, elle rappelle que le premier homme a marché sur la lune deux ans avant que la première femme suisse mette le pied dans un bureau de vote. «Où en serions-nous si nous n’avions pas remis en question l’ordre divin?», demande Simonetta Sommaruga.

Œuf au plat

A ces discours inspirés répond un feelgood movie politique, intelligent et fort bien écrit. En 1971, dans un petit village de Suisse orientale, Nora (l’excellente Marie Leuenberger) prépare le déjeuner de ses deux garçons, lave les chaussettes de son mari et de son beau-père. Elle aimerait travailler en ville, mais le chef de famille oppose son veto comme la loi l’y autorise. Dans un monde qui a connu le Summer of Love et le festival de Woodstock, la petite provinciale prend lentement conscience de l’injustice de son statut de femme, citoyenne de seconde classe. Avec une immigrée italienne, une septuagénaire rebelle et sa belle-sœur, elle ose courageusement prendre la parole, se dresser contre l’ordre divin selon lequel la femme se tait en assemblée» et même faire grève…

Ponctué de moments hilarants (la séance de «Yoni Power» à Zurich, la solitude du mâle cuisant son œuf au plat…), jamais revanchard, moraliste ou excessivement significatif, Die Göttliche Ordnung s’avère aussi réjouissant qu’exaltant.

Le film est chaleureusement ovationné. L’équipe monte sur scène. Embrassades et roses blanches pour toutes et tous. Simonetta revient avec une surprise: les deux premières femmes entrées au Conseil national, en 1971, Hanna Sahlfeld-Singer (SG) et Gabrielle Nanchen (VS). La seconde parle de sa petite-fille de 7 ans qui, à la question «Sais-tu quelle est la différence entre les hommes et les femmes?» à répondu: «Oui. Les femmes sont plus intelligentes». Elle parlait de l’intelligence du cœur, celle qui fleurit dans l’empathie. La pionnière propose de laisser aux hommes le droit d’exprimer leur tendresse. Il fait toujours aussi froid dehors, mais le monde sourit à nouveau.

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